A69, l’autoroute des mensonges

La résistance au projet d’infrastructure reliant Toulouse et Castres résonne désormais à l’échelon national. Sur le terrain, les opposant·es dénoncent une kyrielle d’incohérences, voire de manipulations.

Patrick Piro  • 18 octobre 2023 abonné·es
A69, l’autoroute des mensonges
Dominique Rougeau refuse de céder son champ de pivoines, situé sur le tracé de l’A69.
© Patrick Piro

La société Atosca est tombée sur un os, avec Dominique Rougeau. Le concessionnaire du projet d’autoroute Toulouse-Castres A69 a choisi un tracé qui coupe en deux l’exploitation du producteur de pivoines, à Teulat (Tarn). Dominique Rougeau n’est pourtant pas du genre à se coucher devant les bulldozers, ni même opposé a priori à l’autoroute. « Pourquoi pas, si elle est d’intérêt collectif », concède-t-il. Mais voilà, il est bien placé pour contester les prétendus bienfaits de ce tronçon de 54 kilomètres pour le « développement économique » local, argument phare des promoteurs du projet.

Atosca lui propose 100 000 euros pour acquérir huit hectares de son exploitation. « Une misère, comme si la terre était une simple matière première. J’ai refusé. Depuis, on est en négociation. » Il tend un mémoire avec photos aériennes et tableaux de rentabilité. « Ça fait trente ans que j’investis sur ma parcelle, et son rendement, je le dois à ma technique de culture et à son système d’irrigation intégré. » L’exploitation produit 180 000 pivoines par an, livre 150 fleuristes en Occitanie et fait travailler 20 personnes à l’époque de la floraison. « C’est plus de deux décennies de manque à gagner d’une entreprise qu’ils vont devoir indemniser. »

L’autoroute accroîtrait « l’attractivité du territoire » et désenclaverait le bassin de Castres et de Mazamet, « où la misère suinte », selon les mots de Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie et fervente supportrice du projet. Alors que le ministre des Transports, Clément Beaune, confirmait, fin septembre, que l’A69 se ferait bel et bien, près de 2 000 scientifiques, dont des personnalités du Giec, appellent le président de la République à mettre un terme à ce non-sens écologique, social et économique (1) : « Les recherches montrent clairement que le lien entre infrastructures autoroutières et développement n’est pas automatique, et peut être négatif, car celles-ci exacerbent la concurrence entre territoires et favorisent les grands centres urbains plus que les zones traversées ou même les villes moyennes que l’on voulait ainsi desservir. »

L’A69 capterait-elle 80 % du trafic entre Toulouse et Castres, comme il est allégué ? « On a fait des hypothèses aussi mirifiques pour l’A65 Langon-Pau et elle est aujourd’hui déserte. Un fiasco ! » indique Thomas Digard, assistant à maîtrise d’ouvrage « voiries » et animateur de l’association La Voie est libre, constituée pour s’opposer à l’A69. « Les chiffres ont été gonflés pour passer le cap de l’enquête d’utilité publique, certains datent de 2014, voire d’avant. »

Le long de la N126, que doublerait l’A69, les engins de terrassement sont à l’œuvre, alors que sont encore à l’examen des recours en contestation des autorisations préfectorales, et en particulier de l’estampille « raison impérative d’intérêt public majeur » (RIIPM), qui ouvre à des dérogations environnementales. Les militant·es grincent des dents en entendant le concessionnaire vanter une autoroute « respectueuse du territoire […] et de la biodiversité ». Des arrêtés de cessibilité l’autorisent à installer son emprise sur les parcelles avant même la fin des négociations d’expropriation.

Le projet d'autoroute A69, dont la bande préamptée est matérialisée par des piquets, va détruire le réseau d'irrigation sous-terrain installé par Dominique Rougeau. (Photo : Patrick Piro.) Les engins de terrassement sont à l’œuvre, alors que sont encore à l’examen des recours en contestation des autorisations préfectorales. Ici, à Verfeil. (Photo : Patrick Piro.)

« Il y a des drames humains en cours chez des agriculteurs », signale Dominique Rougeau. Stupéfaction à Puylaurens et Villeneuve-lès-Lavaur, fin septembre : la population apprend que deux usines à bitume vont y être ouvertes. Un collectif d’opposition se crée dans la foulée. Atosca, qui a besoin de 5 millions de mètres cubes de matériaux pour stabiliser ses

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