JO 2024 : les Jeux de la crainte pour les travailleuses du sexe

À quelques mois du début des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, les travailleuses du sexe de la capitale craignent une précarisation extrême, avec une baisse de l’activité et une hausse de la répression.

Giovanni Simone  • 31 janvier 2024
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JO 2024 : les Jeux de la crainte pour les travailleuses du sexe
Manifestation organisée par les travailleuses du sexe à Paris, le 17 décembre 2020.
© Christophe ARCHAMBAULT / AFP

L’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) à Paris porte son lot de transformations urbaines et sociales. Déplacement des sans-abri, des exilé·es, expulsion des étudiant·es logé·es par le Crous, destruction de zones vertes : à cette liste déjà longue s’ajoute la crainte, pour les travailleuses du sexe de la capitale, d’une plus grande répression de leur travail et d’une précarité accrue. Avec des gestes et une voix posés, Aying explique ses craintes. Âgée de 65 ans, la présidente des Roses d’acier, association montée en 2014 par des migrantes chinoises travailleuses du sexe, raconte le quotidien qui a changé dans le quartier de Belleville.

« Maintenant, il y a un policier en civil qui vient tous les jours. Il essaye de retracer les appartements où on travaille, les propriétaires. Récemment encore, une femme a perdu son appartement. » Les contrôles poussent les prostituées à changer d’horaires, à travailler la nuit. Lorsqu’elles perdent leur appartement, elles sont contraintes de travailler dans des lieux plus dangereux, au domicile des clients ou dans des voitures. « Moi, je n’ai pas envie de faire ça. La nuit, c’est plus dangereux, on ne voit pas bien les clients, les gens sont ivres », poursuit Aying.

Contrôles au faciès

L’approche des JOP 2024 constitue une menace importante pour les travailleuses du sexe de Paris. Elles craignent de voir augmenter en flèche la répression directe et indirecte de leur activité. Les contrôles de police sont une des armes principales employées par la préfecture pour endiguer et surveiller le travail du sexe. Celui-ci ne constitue ni un crime ni un délit, mais depuis la loi de 2016, qui criminalise les clients, la police possède beaucoup de leviers pour le rendre impossible.

« Les contrôles sont répétés et discriminants, explique Ting, coordinatrice des Roses d’acier. On est vulnérables, une population de femmes plutôt âgées, d’origine asiatique, qui souvent ne parlent pas français ou ne maîtrisent pas l’informatique. » La coordinatrice explique que les contrôles se soldent souvent par des obligations de quitter le territoire français (OQTF), et parfois par des arrestations et des enfermements dans un centre de rétention administrative (CRA). Les dernières ont eu lieu à une date sinistrement symbolique, le jour du vote de la loi « immigration ».

Les filles ont peur de ne plus pouvoir travailler pendant les JOP, surtout aux mêmes horaires.

I. Messaoudi

Les contrôles d’identité sont menés au faciès, sur la base d’ordonnances (dont une a pu être consultée par Politis) qui parlent de faits de vol, de cambriolages, d’agressions, mais jamais de prostitution. « Parfois, ils viennent directement vers les femmes avec un interprète chinois par téléphone, détaille Ting. C’est la preuve qu’ils viennent pour contrôler les travailleuses ! » D’autres associations font remonter les mêmes méthodes, ailleurs à Paris. « Les filles ont peur de ne plus pouvoir travailler pendant les JOP, surtout aux mêmes horaires, indique Inès Messaoudi, directrice de Prévention action santé travail pour les transgenres (Pastt). Elles nous signalent que les contrôles ont beaucoup augmenté au bois de Boulogne. »

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La proximité des infrastructures de Roland-Garros et du parc des Princes, utilisées pour des épreuves olympiques, les préoccupe particulièrement, même si « la plupart des filles ont surtout l’espoir de travailler et de gagner plus ». « Des policiers ont déjà dit à certaines des filles qu’elles ne pourront pas travailler dans le bois pendant les JOP », indique Anaïs Gautier, chargée pour l’association Arcat de l’espace Po/unto Latino, dédié aux travailleuses du sexe et aux personnes trans-identitaires hispanophones. Son association se consacre depuis 1985 à la lutte contre le sida.

Changer d’endroit

Ailleurs, les échos sont similaires. « On a parlé récemment avec des personnes trans qui travaillent à la rue, notamment à porte de Clignancourt, signale Giovanna Rincon, directrice de l’association Acceptess-T (Actions concrètes conciliant : éducation, prévention, travail, équité, santé et sport pour les personnes trans). La police leur a dit que les contrôles allaient être de plus en plus durs et les invite à changer d’endroit. » La préfecture de police confirme qu’« afin de lutter activement contre le phénomène [de la prostitution], la brigade de répression du proxénétisme accentuera singulièrement sa présence sur le terrain pendant cette période. Par ailleurs, durant les JOP, le groupe en charge des établissements de nuit (groupe Cabarets) sera renforcé. »

On n’est pas là pour empêcher les femmes qui sont travailleuses du sexe et qui voudraient travailler pendant les JOP.

O. Filhol

Un autre instrument de « lutte contre le système prostitutionnel » vient des arrêtés préfectoraux ou municipaux qui visent indirectement le travail du sexe. Lors de la Coupe du monde de rugby, la préfecture du Rhône a publié un arrêté interdisant le stationnement tout autour du stade de Gerland à Lyon, pour les camionnettes abritant les travailleuses du sexe. Une mesure motivée par la présence du XV des All Blacks, en plus de l’afflux de public. L’arrêté a été renouvelé le 3 novembre dernier, malgré l’opposition de la mairie de Lyon.

Dans son manifeste « Tous et toutes engagé·es dans la prévention de la prostitution », la mairie de Saint-Denis a lancé pléthore d’initiatives en vue de la Coupe du monde de rugby et des JOP. Le premier principe énoncé, « ne pas agir contre l’intérêt des personnes concernées », écarte la possibilité de criminalisation par des arrêtés « anti-prostitution ». L’adjointe en charge de la solidarité et des droits des femmes, Oriane Filhol, met en avant une politique de prévention : « On n’est pas là pour empêcher les femmes qui sont travailleuses du sexe et qui voudraient travailler pendant les JOP. On continue d’accompagner ces femmes en termes de prévention santé, et de prévention de violences. On forme les policiers municipaux à l’accompagnement de ce public. »

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La mairie se verrait pourtant obligée d’appliquer des éventuels arrêtés préfectoraux. Plusieurs associations affirment être en lien avec la mairie de Paris, pour faire remonter leurs craintes. « Ils nous ont rassurées et dit qu’il n’y aurait pas plus de répression, souligne Inès Messaoudi. Ils vont nous indiquer par avance quels secteurs seront fermés. Mais on sait aussi que les JOP sont très attendus, donc on a peur que s’ils doivent fermer une rue ils ne pensent pas aux travailleuses du sexe. » La mairie de Paris n’a pas répondu à nos sollicitations en temps utile pour la publication de cet article.

La précarité locative, un danger

Le deuxième aspect qui inquiète les travailleuses du sexe est le logement. La Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite d’êtres humains (Miprof) a annoncé, en parallèle avec le lancement du plan triennal contre la traite, des mesures spécifiques liées aux JOP. La Miprof lancera une campagne d’information et de sensibilisation auprès des propriétaires et des locataires d’Airbnb, en collaboration avec la plateforme. « L’objectif est de détecter tous les réseaux possibles en lien avec la traite, indique Roxana Maracineanu, secrétaire générale de la Miprof. Les hébergeurs doivent entrer dans les réseaux de signalement et d’orientation des victimes. »

Les associations communautaires pointent une mise en danger des femmes par un système qui encourage la délation. Par voie de presse, Roxana Maracineanu avait annoncé également la création d’une plateforme de signalement. « Cela va favoriser la suspicion et la délation, s’insurge Eva Vocz, chargée de plaidoyer pour Act Up-Paris. Et cela va créer encore plus d’isolement parmi les travailleuses du sexe. » La secrétaire générale de la Miprof « ne compren[d] pas l’amalgame entre ces mesures et la précarisation des prostituées. On travaille dans le même sens, dans une perspective positive. Les hébergeurs signalent et on propose aux femmes des parcours de sortie de la prostitution, qui existent et marchent très bien en France ».

Les femmes vont devoir partir et se retrouveront plus isolées.

Ting

Le risque de perdre son logement se fait concret pour des raisons économiques, explique Giovanna Rincon : « Plusieurs personnes qui habitent dans le 18e et le 19e arrondissement sont malheureusement victimes de marchands du sommeil. On leur a demandé de partir avant les JOP. Certains leur ont carrément proposé de partir pour trois mois et de revenir après les Jeux. » La perte du logement constitue un grave danger. « Les femmes vont devoir partir et se retrouveront plus isolées, explique Ting, la coordinatrice des Roses d’acier. Là où actuellement elles peuvent se retrouver entre copines, elles vont être toutes seules dans des plus petites villes, sans associations et avec peu de ressources médicales. »

Le logement est par ailleurs un lieu essentiel et sécurisant, aménagé dans les moindres détails pour rendre le travail confortable et surtout pour éviter les agressions, rappelle Ting. « En plus, il n’est pas rare que les femmes soient agressées dans leur appartement. Si elles ont peur d’être dénoncées et de perdre leur logement, elles ne se risquent pas à aller porter plainte. » La loi de 2016 pénalisant les clients et le proxénétisme joue sur cette ambiguïté. Toute personne profitant même indirectement du travail du sexe est considérée comme proxénète.

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Les propriétaires d’appartement qui recevraient un signalement pour travail du sexe se retournent la plupart du temps contre les femmes et les expulsent par peur d’être poursuivis. La police utilise ce ressort pour réprimer la prostitution. « Quand les femmes portent plainte, les commissaires appellent les propriétaires d’appartement pour qu’ils les expulsent, signale Eva Vocz. Ce sont des pratiques courantes mais intensifiées pour les JOP. » Les Roses d’acier connaissent de près la schizophrénie législative à ce sujet.

« Par exemple, le commissariat du 10e fait un vrai travail de sensibilisation et encourage les femmes à porter plainte en cas de violence, pour contribuer à la lutte contre les délinquances, détaille Ting. Mais de l’autre côté, des policiers viennent contrôler, arrêter les femmes et les faire expulser de leurs lieux de vie et de travail. Cela les expose encore plus aux violences et à la précarité, c’est complètement contradictoire. »

Ne plus pouvoir accompagner

Tous ces facteurs font craindre les associations qu’une grande partie des travailleuses du sexe (TDS) vont quitter Paris pour travailler ailleurs en France pendant les JOP. Un mouvement qui les précariserait davantage. Les Roses d’acier sont en lien avec environ 500 personnes en France, aux situations très différentes. « On se demande comment on va pouvoir rester en contact et aider les femmes si elles partent », avance Ting.

L’association gère une ligne d’urgence en chinois active 24 heures sur 24, sept jours par semaine, et un fonds de soutien pour les personnes obligées d’arrêter de travailler pour des raisons de santé. « On doit faire ça parce qu’il n’y a pas d’interprète en chinois pour le 15 et le 18, et parce qu’il n’y a pas de protection sociale pour les sans-papiers. Mais on a l’impression que la situation ne cesse d’empirer », s’emporte Ting. Son association réfléchit à se rapprocher d’associations locales partout en France pour assurer le suivi des travailleuses du sexe qui partiront.

La répression n’est pas le seul facteur qui rendra probables les départs. Les limitations des déplacements, la hausse des prix du transport public et des loyers vont rendre Paris invivable pour tout le monde, y compris les travailleuses du sexe, pointe Eva Vocz dans un tweet. « On craint pour l’accès à la santé des personnes », avance Nicolas Dreche, directeur de l’association Arcat. Les travailleuses du sexe cumulent plusieurs facteurs de précarité, notamment celles qui travaillent à la rue et les personnes trans.

On est ciblées par une politique de violation des droits humains. 

Amar

« Les femmes cis et trans qui travaillent au bois sont particulièrement précaires parmi les TDS, indique Nicolas Derche. Elles sont souvent migrantes, parfois sans-papiers, et elles ont particulièrement souffert de la période du covid. » Cette période a laissé les travailleuses du sexe précarisées et traumatisées, selon plusieurs associations consultées. Leur marginalisation ultérieure les poussera à vouloir continuer à travailler, mais dans des conditions plus dangereuses. « Le bois de Boulogne va devenir un lieu de fréquentation touristique, avec plus de risques de violence, indique Giovanna Rincon. Et la police ne sera pas là pour garantir la sécurité des femmes, mais des touristes. » Inès Messaoudi nuance : « Ce ne sont pas les JO qui vont amener la violence, il y en a toujours eu au bois de Boulogne. »

Avec l’objectif affiché de Gérald Darmanin d’augmenter le nombre des expulsions, le pire est à craindre pour les travailleuses du sexe. « Avec le passage de la loi immigration, on peut craindre que la volonté soit de faire augmenter le nombre d’OQTF », réfléchit Eva Vocz. Les travailleuses du sexe sont un public particulièrement identifiable et vulnérable à des politiques anti-migratoires. Elles pourraient être utilisées par les brigades de police pour faire du chiffre.

Surtout, elles risquent de se rendre elles-mêmes invisibles, clandestines, par peur de la répression. « On a peur de ce discours qui veut qu’on expulse les travailleuses du sexe, a fortiori si elles sont migrantes, a fortiori si elles travaillent dans l’espace public, s’emporte Amar, membre du Syndicat du travail sexuel [Strass]. On est ciblées par une politique de violation des droits humains. »

Une augmentation de la prostitution, vraiment ?

En avril, dans les questions au gouvernement, la sénatrice Laurence Rossignol adressait un vibrant appel à Gérald Darmanin concernant précisément « l’augmentation de la prostitution que pourraient engendrer les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. […] De tels phénomènes sont bien connus : en 2014, lors de la Coupe du monde de football au Brésil, l’arrivée de 600 000 visiteurs avait provoqué une hausse de 30 % de la clientèle de la prostitution. En Allemagne, lors de la Coupe du monde de football en 2006, on a vu l’apparition de 40 000 prostituées supplémentaires, placées par les réseaux de proxénétisme ».

Un lien qui pourrait rapidement se confirmer si l’on s’en tient à ces chiffres. Sauf qu’ils sont complètement faux. Aucune étude sérieuse n’a jamais pu démontrer le lien entre grands événements et hausse de la prostitution. Au contraire, celles qui ont analysé les grands événements sportifs par le passé ont montré plutôt une baisse d’activité pour les travailleuses du sexe. What’s the cost of a rumour ? (Julie Ham, Global Alliance Against Trafficking in Women), étude de 2011, détaille l’histoire de ce mythe alors récent et compare plusieurs grands événements sportifs.

Le Prostitution Policy Watch (Observatoire des politiques sur la prostitution) de Rio de Janeiro a observé l’impact des Jeux de 2016 sur cette ville. L’observatoire pointe que « l’offre était bien plus élevée que la demande [de prestations sexuelles, N.D.L.R.] pendant les Jeux olympiques. […] Par contre, cette augmentation était liée plus à la crise qu’aux Jeux, vu qu’elle a eu lieu à plusieurs endroits huit mois avant ». Le rapport pointe une baisse d’activité pour les travailleuses du sexe et l’impact des Jeux sur leur vie, avec des déplacements importants de personnes.

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« En effet, on se base sur les événements sportifs précédents, où on sait qu’il y a eu augmentation de la prostitution, mais on n’a pas de chiffres fiables », reconnaît Oriane Filhol. Roxana Maracineanu pointe quant à elle des « signaux faibles » et des données remontant de la DGSI qui laisseraient entendre que cette augmentation aura bien lieu. Pour le Collectif contre la traite, rassemblant une trentaine d’associations qui ont travaillé à un guide sur l’augmentation de la traite pendant les Jeux, c’est une évidence« On l’a remarqué et c’est évident que quand il y a des grands rassemblements l’afflux important de touristes augmente le risque d’exploitation sexuelle », avance Geneviève Colas, coordinatrice du collectif Ensemble contre la traite des êtres humains créé par le Secours catholique.

D’autres sont plus sceptiques. « En réalité, ce ne sont que des rumeurs, explique Jordan, militant du collectif contre les JOP Saccage 2024. On a répertorié les éditions des Jeux, et la première fois où ce mythe apparaît est en Grèce, en 2004. Après il y a ce fameux chiffre de 40 000 TDS à la Coupe du monde en Allemagne, jamais vérifié. » Saccage 2024 a travaillé avec Act Up à une brochure répertoriant les effets des Jeux olympiques et paralympiques sur les travailleuses du sexe, qui va être présentée le 20 mars.

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Plusieurs campagnes de communication sont d’ores et déjà lancées ou prévues en vue des JOP 2024. Outre celle déjà citée de la mairie de Saint-Denis, qui a reçu 40 000 euros de subventions de la part du comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop), la préfecture de région prévoit de lancer « un groupe de travail dédié aux actions de prévention et de communication » et a financé une campagne de l’association abolitionniste l’Amicale du nid.

Cette dernière porte également le projet « Unis vers elles », une campagne qui vise à proposer des activités sportives régulières aux personnes en situation présente, passée ou en risque de prostitution, ainsi qu’aux femmes victimes de violences. Dans toutes ces campagnes, les travailleuses du sexe sont considérées comme des victimes de violences, voire de « traite d’êtres humains ». Le but est le plus souvent de proposer des dispositifs de sortie de la prostitution.

Si on est considérées comme victimes, pourquoi la solution serait la répression ?

Ting

« À l’approche des Jeux de Paris, nous nous devons de renforcer notre dispositif de lutte contre la traite pour être prêts à identifier et combattre les criminels qui profitent de ce système », avait écrit l’ancienne ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Bérangère Couillard, dans une tribune publiée en octobre. Geneviève Colas nuance ces propos : « Il faut souligner que l’État insiste beaucoup sur la prostitution parce que c’est la forme la plus spectaculaire de traite. Mais dans le travail, par exemple, la préparation des Jeux fait que tout doit être prêt à l’heure, avec une chaîne de sous-traitants au bout de laquelle il y a des gens sans contrats, exploités. »

Les premières concernées exclues

Pour les associations communautaires, la lutte contre l’exploitation doit être prise au sérieux. « Si on est considérées comme victimes, pourquoi la solution serait la répression, la précarisation et l’isolement social ? Une femme qui perd son appartement et ses moyens d’être indépendante serait mieux armée pour lutter contre les personnes qui l’exploitent ? » questionne Ting. « On a un statut profondément ambigu, de victimes-délinquantes, lance Amar. Cela va au-delà du travail du sexe et touche à des enjeux de race et de classe. En plus, ces politiques sont idéologiques et inefficaces : plus on réprime plus on favorise la traite. »

On refuse l’amalgame entre travail du sexe et traite, qui ne mène qu’à de la répression.

G. Rincon

Les militants anti-olympiques, quant à eux, s’interrogent sur les raisons qui favorisent ce discours anti-traite, notamment lors des grands événements. « À notre avis, pour certains, c’est une façon de faire avancer un agenda anti-migrants, sécuritaire et de nettoyage social. Pour d’autres c’est une façon de se donner bonne conscience et enfin, pour d’autres, un moyen de brasser de l’air, pour montrer qu’on fait quelque chose à peu de frais. »

Une politique qui exclut totalement les premières concernées, s’indignent les associations. « Ces pratiques répressives se stratifient et se pérennisent petit à petit. La loi suit derrière, lance Giovanna Rincon. Pendant les Jeux, on refuse totalement la dépolitisation des voix des travailleuses du sexe. On refuse l’amalgame entre travail du sexe et traite, qui ne mène qu’à de la répression. »

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