Des principes universels face à l’inaction climatique

Concernant Gaza, l’Afrique du Sud a repris le flambeau de la défense des droits humains, en saisissant la plus haute instance judiciaire de l’ONU. Le retour à des principes universels est une bonne nouvelle. Ils doivent aussi s’appliquer à d’autres domaines, comme le dérèglement climatique.

Jérôme Gleizes  • 13 mars 2024
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Des principes universels face à l’inaction climatique
Une rue inondée à Arques, dans le Pas-de-Calais, le 3 janvier 2024, suite à la crue de la rivière Aa.
© DENIS CHARLET / AFP

Dans l’horreur de la destruction de Gaza, une lumière a peut-être surgi avec la décision de la Cour internationale de justice. En s’appuyant sur les principes universels du droit, l’Afrique du Sud a saisi la plus haute instance judiciaire de l’ONU, établie par l’article 92 de la Charte des Nations unies. Alors que Paris vient de célébrer les 75 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme, cette même année, une grande puissance du Sud qui connut l’apartheid, l’Afrique du Sud, a repris le flambeau de la défense des droits humains, malgré l’opposition des États occidentaux.

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Les États européens, en abandonnant les principes qui ont permis de construire un espace de paix, après avoir été responsables de deux conflits mondiaux, se déshonorent. Heureusement, les juges de tous les continents ont voté à la quasi-unanimité. Même le juge israélien a reconnu que « l’État d’Israël [doit] prend[re] toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir et punir l’incitation directe et publique à commettre un génocide à l’égard des membres du groupe palestinien dans la bande de Gaza ».

Le retour à des principes universels sur une planète confrontée à de plus en plus de risques globaux est une bonne nouvelle pour toutes celles et tous ceux qui défendent l’intérêt général. Ce qui concerne Israël concerne aussi la Russie. Le deux poids deux mesures, l’inaction doivent disparaître des relations internationales. Mais, surtout, ces principes doivent s’appliquer à d’autres domaines, comme le dérèglement climatique. Pour le moment, des citoyens et des associations ont permis la condamnation d’États pour inaction climatique, notamment la France par deux fois.

L’inaction climatique des États occidentaux est meurtrière.

Depuis les accords de Kyoto de 1997, plus aucun texte juridique contraignant n’a été voté au niveau international. Pourtant, la situation se dégrade. Mars est le neuvième mois consécutif de record mensuel de température. Peut-être que la planète a passé le seuil de rupture. L’inaction climatique des États occidentaux est meurtrière. Le réchauffement climatique dégrade les productions agricoles. Des millions de personnes quittent leur territoire, leur situation étant souvent aggravée par des conflits civils, comme au Soudan.

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Plus globalement, le sommet de septembre 2023 sur les objectifs durables, à New York, a montré que les États ont pris du retard. Loin de la convergence entre pays riches et pauvres, il y a une divergence des trajectoires de développement et un creusement des inégalités. Sur 17 indicateurs, 15 % seulement sont sur la bonne voie, 48 % présentent un retard modéré ou grave, 37 % stagnent ou reculent par rapport à 2015.

À ce rythme, à l’horizon 2030, « 575 millions de personnes vivront encore dans l’extrême pauvreté, 54 pays n’atteindront pas la cible relative à la mortalité des enfants de moins de 5 ans, 84 millions d’enfants et de jeunes ne seront toujours pas scolarisés, 9 millions de filles seront encore mariées de force et environ 660 millions de personnes n’auront toujours pas accès à l’électricité ». L’inaction de l’Occident dans autant de domaines conduira à son illégitimité. Il est temps d’imposer à nouveau des principes universels sous garantie de l’ONU.

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