Selma Labib et le NPA-Révolutionnaires veulent « être les punaises de lit du système »

Face à l’extrême droite grandissante et les politiques « antisociales » du gouvernement, la petite liste d’extrême gauche se veut une alternative pour le camp des travailleurs et de la jeunesse. En taclant tous les représentants des gauches, les forces syndicales, les médias et la vision d’une « Europe des frontières ».

Lucas Sarafian  • 7 juin 2024 abonné·es
Selma Labib et le NPA-Révolutionnaires veulent « être les punaises de lit du système »
Gaël Quirante (à gauche), Selma Labib (au centre) et Armelle Pertus (à droite), le 6 juin 2024, au gymnase Japy, à Paris. "Nous n’appellerons pas à voter pour La France insoumise. Nous avons un programme pour le mouvement ouvrier et la jeunesse."
© Maxime Sirvins

À quatre jours du scrutin, les anticapitalistes tentent d'exister. Oubliés selon eux par les médias dominants comme indépendants, les militants ne baissent néanmoins pas les bras. Ce jeudi 6 juin au soir, au gymnase Japy, dans le 11e arrondissement de Paris, ils comptent bien rassembler. Dans le dernier quart d’heure de cette campagne des européennes, ils veulent croire que l’invisibilisation qu’ils subissent serait inversement proportionnelle à ce qu’ils représenteraient en réalité.

D’après eux, leur participation à toutes les luttes sociales récentes pourrait bien payer dans les urnes. « Notre visibilité ne correspond pas à ce qu’on pèse », assure quelques minutes avant le meeting Armelle Pertus, enseignante et numéro trois de la liste du Nouveau parti anticapitaliste-Révolutionnaires (NPA-R), issu de la scission du NPA datant de plus d’un an.

Les salariés de MA France, un sous-traitant de Stellantis, où 400 salariés sont menacés selon la CGT, ont ouvert la soirée. (Photos : Maxime Sirvins.)

Aux environs de 19 h 30, les salariés en grève de MA France ouvrent le bal devant environ 400 personnes, plutôt jeunes. « On a besoin de la classe ouvrière », affirme sur scène l’un des travailleurs de cet équipementier automobile qui produit des pièces de carrosserie en Seine-Saint-Denis et sous-traitant de Stellantis, où 400 salariés sont menacés selon la CGT. « Ils veulent une usine toujours plus profitable ! » La salle hue le nom de Carlos Tavares, le P.-D.G. de l'entreprise. Plus tard, Bridget, une gréviste d’Onela, une entreprise d’aide à la personne, livrera un témoignage touchant et Romuld Pidjot, commissaire général adjoint de l’union calédonienne, se lancera dans un discours très historique aux accents quasi universitaires. Le symbole est parlant : le NPA-R veut se positionner au cœur des luttes.

Les cibles : la gauche, la droite, Macron et les médias

La salle arbore de grandes affiches faisant l’éloge de la Commune, demandant l’ouverture des frontières et plaidant pour l’urgence de la révolution. Le gymnase est loin d’être rempli, le son est particulièrement mauvais, mais le décor est posé. Sur scène, Raphaëlle Mizony, représentante du NPA-Jeunes révolutionnaires, évoque le conflit israélo-palestinien et pointe la « politique criminelle de l’État d’Israël » : « Continuons et montrons-leur qu’on ne va rien lâcher ! » La militante égratigne au passage la politique d’Emmanuel Macron sur les droits des femmes et des violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, une question pourtant considérée par le chef de l’État comme « grande cause du quinquennat ».

Face à l’extrême droite qui progresse en France comme partout en Europe, Damien Scali, cheminot et numéro quatre de cette liste, tente de déconstruire le discours affirmant que les classes populaires et ouvrières se jettent dans les bras des droites nationalistes et populistes : « On sait que des travailleurs sont piégés en pensant voter pour eux, ils votent contre Macron. Voter pour eux, c’est voter pour la peste avant même d’avoir guéri du choléra. »

La présence de militants de la CGT n'a pas empêché des attaques contre Sophie Binet, la secrétaire générale du syndicat, qui, selon Armelle Pertus, numéro 3 de la liste, « n’a pas un mot pour tout ce qui est vivant et ceux qui luttent ». (Photos : Maxime Sirvins.)

Il tente ensuite de prouver le rapprochement du Rassemblement national et du milieu patronal en citant notamment l’exemple de François Durvye, membre du très secret mais très influent club des Horaces qui conseille Marine Le Pen depuis des années, ou Vincent Bolloré qui participe activement à la campagne médiatique de toutes les droites xénophobes et nationalistes. Il raconte également la manifestation à laquelle il a participé en 2002 contre Jean-Marie Le Pen et pointe « l’échec cuisant de ceux qui nous promettaient des barrages et qui se sont transformés en passoires ». Sont ciblés la gauche, la droite, Emmanuel Macron et les médias.

Tout ce dont on a besoin, c’est une grève générale.

A. Pertus

Puis Armelle Pertus, troisième de la liste du NPA-R et enseignante, pointe les politiques « antisociales » et inégalitaires menées par la politique des gouvernements

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