Nouveau Front populaire : soyons lucides et réalistes

Depuis sa relative victoire le 7 juillet, le Nouveau Front populaire se cherche en vain un nom pour Matignon. Mais la coalition de gauche se déchire, pendant que Macron rigole et que le RN attend son heure. En quelques jours, elle s’est décrédibilisée.

Pierre Jacquemain  • 16 juillet 2024
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Nouveau Front populaire : soyons lucides et réalistes
Rassemblement place de la République, à Paris, le 27 juin, avant le second tour des législatives anticipées.
© Maxime Sirvins

Mettons-nous en situation. Depuis sa très relative victoire, mais victoire surprise tout de même, le 7 juillet dernier, le Nouveau Front populaire se cherche un premier ministre. Pas d’inquiétude, nous assurait-on, le programme étant supérieur aux enjeux de personnes, la procédure de désignation du premier d’entre eux, ou de la première d’entre eux, ne devait être que simple formalité. Raté ! Nous assistons depuis plusieurs jours à une bien navrante séquence. Désespérante. Au pire des scénarios que la gauche et les écologistes pouvaient imaginer. Et nous avec !

À défaut de majorité relative ou absolue, le NFP voudrait-il devenir une sorte de minorité relative ou absolue ?

Chaque jour, on nous promet que la fumée blanche sera pour le lendemain. Et le lendemain pour le surlendemain. Jusqu’à ce que la coalition se fracasse sur des personnalités qui ne font pas consensus. Ce fut d’abord Huguette Bello. Puis Laurence Tubiana. Jusqu’à mettre en péril, avec les noms d’oiseaux qui vont avec – ou des noms d’insectes plus exactement –, la fragile unité du NFP. Résumons-nous : les socialistes, les écologistes, les communistes et les insoumis avaient réussi à se mettre d’accord sur un programme de gouvernement, à se répartir les circonscriptions mais ne parviennent pas à s’entendre sur un·e candidat·e pour Matignon. C’est à se demander si la gauche veut vraiment gouverner.

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La gauche et les écologistes nous laissent penser depuis plusieurs jours qu’ils mettent tout en œuvre pour sortir de leur chapeau un premier ministre qui, soyons lucides un instant, ne sera jamais nommé par Emmanuel Macron. Qui peut penser un instant qu’avec 182 députés le Nouveau Front populaire peut gouverner ? Dire le contraire, c’est assumer l’idée que la coalition de gauche va générer une immense déception. On a suffisamment accusé la Macronie de ne pas avoir de légitimité pour gouverner avec ses 250 députés – ceux qu’on taxait de « minorité présidentielle ». À défaut de majorité relative ou absolue, le NFP voudrait-il devenir une sorte de minorité relative ou absolue ?

Quelles seraient ses marges de manœuvre pour gouverner sur la base de son programme ?

Alors bien sûr, on pourra toujours dire que Matignon revient nécessairement à la force arrivée en tête des élections. Et on pourra toujours compter sur la pression des parlementaires du NFP et celle de la rue pour contraindre le président de la République de nommer l’un des siens à Matignon. Bien sûr. Mais c’est là que Macron rigole. Car une fois encore le NFP n’a personne à proposer. En l’espace de quelques jours seulement, il s’est décrédibilisé. Mais, surtout : même si le NFP sortait quelqu’un·e de son chapeau, quelles seraient ses marges de manœuvre pour gouverner sur la base de son programme, rien que son programme, tout son programme ? Soyons réalistes, elles sont nulles.

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Alors bien sûr, on peut faire le Smic à 1 600 euros par décret là tout de suite maintenant. Mais pour accompagner et aider les TPE et les PME à instaurer cette hausse si nécessaire – comme le promet le programme du NFP –, ne faut-il pas voter en urgence un budget ? Sur quelle majorité le NFP peut-il compter pour voter ce budget ? Aucune. Est-ce à dire que le NFP gouvernera à coups de 49.3 ? C’est exclu, nous dit-on. Les conditions ne sont pas réunies pour qu’il gouverne sur la base de son programme de rupture. Et le NFP tomberait vite dans la compromission.

Pourquoi la gauche déçoit quand elle gouverne ? Parce qu’elle ne fait pas ce qu’elle a dit qu’elle ferait.

Bien sûr, il est de sa responsabilité de montrer qu’il fait tout pour accéder au pouvoir – même s’il le fait piètrement. Pourquoi la gauche déçoit quand elle gouverne ? Parce qu’elle ne fait pas ce qu’elle a dit qu’elle ferait. Mettons-nous en situation, disais-je. À gouverner sans marge de manœuvre, le NFP risque de nourrir le désespoir, meilleur carburant du RN qui enregistre déjà près de douze millions de voix. D’élection en élection, il gagne du terrain. Dans un an, il y a fort à parier qu’une dissolution s’imposera. Que le NFP profite de l’année qui vient pour mobiliser les partis, les syndicats, les ONG, les associations, la société civile pour rencontrer les Français et n’oublier aucun d’entre eux.

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