Dans la vallée, le champ de l’eau

Dix ans après la mise à l’arrêt du projet de barrage de Sivens, la recherche d’un consensus sur les besoins en eau est toujours en cours. Mais les bords du Tescou ont un peu retrouvé leur éclat. Reportage dans la zone humide du Testet.

Vanina Delmas  • 16 octobre 2024 abonné·es
Dans la vallée, le champ de l’eau
Au Testet, l'accès est encore restreint pour préserver la zone humide.
© Vanina Delmas

D’un côté, une forêt dense, haute et diversifiée où cohabitent des aulnes, des frênes, des saules, et quelques chênes. Ceux-ci n’ont jamais connu le passage des machines prêtes à les abattre. De l’autre, une horde de peupliers qui se parent doucement des couleurs d’automne. Ceux-ci n’existaient pas il y a quelques années au bord du Tescou, la rivière au cœur de la zone humide.

« La nature a bien repris ses droits ! Mais à cet endroit, les souches des arbres avaient été arrachées et tout avait été rasé. Là, ce sont des repousses de peupliers qu’on ne voulait pas forcément garder car ils assèchent la zone », décrit Françoise Blandel, coprésidente de l’Union protection nature environnement du Tarn (Upnet) qui fait partie du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet.

On demandait un dialogue depuis 2011 sur ces sujets donc le refuser n’aurait pas été cohérent.

C. Pince

Il y a dix ans, ce havre de biodiversité qui abritait près d’une centaine d’espèces protégées était le lieu où devait émerger un barrage, afin d’abreuver les agriculteurs de la vallée du Tescou, à cheval entre le Tarn et le Tarn-et-Garonne. Un réservoir d’un volume d’eau de 1,5 million de m3 sur 42 hectares au pied de la forêt de Sivens, dont 13 hectares en zone humide.

Mais, le 26 octobre 2014, Rémi Fraisse est tué par une grenade offensive de la gendarmerie sur le chantier lors d’une mobilisation contre le projet de barrage. En 2015, la ministre de l’Écologie Ségolène Royal annonce l’abandon définitif du projet et, l’année suivante, celui-ci est déclaré illégal. Les problèmes de gestion d’eau ne se sont pas éteints pour autant.

Pour tenter de sortir de cette impasse, l’État a lancé en 2017 un projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) du bassin versant du Tescou afin de réunir des élus locaux, des habitants, des agriculteurs et des associations de défense de l’environnement au sein d’une « instance de co-construction » (ICC). Un dialogue global sur la gestion de l’eau qui aborde aussi bien les problématiques liées à l’assainissement, à l’agriculture ou aux ressources pour d’éventuels incendies. Le Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet a accepté d’y participer.

« On demandait un dialogue depuis 2011 sur ces sujets donc le refuser n’aurait pas été cohérent », commente Christian Pince, de l’association Lisle Environnement. « Même si beaucoup de comptes rendus de réunion nous tordent les tripes, car à l’encontre de notre vision des choses, ça ne se fait pas dans notre dos, on peut exprimer nos désaccords et faire des contre-propositions », ajoute une représentante de l’association Nature & Progrès Tarn. Une vigilance citoyenne vitale car le sujet des besoins en eau pour l’irrigation des cultures, notamment de maïs, reste épineux, et l’ombre d’un nouveau projet de barrage n’est jamais loin.

Quels besoins en eau ?

Le bassin versant compte déjà plus de 300 retenues d’eau sur de petits ruisseaux, qui stockent environ 6 millions de m3 dont environ 4,5 millions de m3 pour l’agriculture et le reste pour les activités de loisirs et de soutien d’étiage. Selon le collectif, l’eau est globalement disponible dans la vallée, mais mal répartie. Il s’appuie sur les données des prélèvements d’eau car sur le

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