Des soirées féminines en non-mixité visées par des attentats masculinistes 

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre dernier, environ 70 femmes ont été attaquées par des tirs de mortiers d’artifice à l’occasion d’une soirée en non-mixité à Paris. Une attaque considérée pour beaucoup de victimes comme un attentat misogyne, voire masculiniste.

Pauline Ferrari  • 8 novembre 2024 abonné·es
Des soirées féminines en non-mixité visées par des attentats masculinistes 
© Roberto Rendon / Unsplash

"On était à la bringue d’Halloween (soirée non-mixité meuf) avec des amies et des mecs ont tiré au mortier sur nous. Genre littéralement un attentat par des mecs parce que des meufs font la fête entre elles" tweete Catia, 27 ans, sur le réseau social X (ex-Twitter), à cinq heures du matin. Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, au bar le 211, situé dans le Parc de la Villette à Paris, des centaines de femmes fêtent Halloween à la soirée "La Bringue", un événement en non-mixité féminine.

Des images de l'attaque. (DR.)

Alors que la fête bat son plein, vers 2 h 15 du matin, certaines vont prendre l’air et fumer une cigarette sur la terrasse du bar. "J’étais face à l’entrée du bar, et des tirs sont venus dans mon champ de vision, comme un feu d’artifice très proche. Puis une deuxième salve a été dirigée vers nous, les tirs se rapprochaient de plus en plus. J’ai plongé sur mes amies pour les protéger" se rappelle Catia, 27 ans. D’autres victimes racontent toutes la même scène : alors qu’elles étaient sur la terrasse, elles ont été visées par des tirs de mortiers d'artifice par plusieurs hommes.

Je n’arrivais pas à imprimer que c’est une attaque.

Nino

"Les tirs nous visaient précisément, ils se rapprochaient de plus en plus, une de mes amies a eu son gant brûlé et l'autre sa chaussure" se remémore Amal, 27 ans. "À travers la fumée, j’ai vu 4 mecs en train de rigoler. Je n’arrivais pas à imprimer que c’est une attaque, je sentais que ça me brûlait les bras et les jambes. On s’est mises en boule et on est restées là, ça m’a semblé une éternité" témoigne Nino, 24 ans. Plusieurs rapportent des brûlures superficielles, mais qui auraient pu être très graves si elles avaient touché leur visage ou avaient enflammé leurs vêtements. "Mon collant synthétique a fondu, ce qui a brûlé ma peau" , insiste Julie, 24 ans.

Passé le choc, un vent de panique s’empare des femmes présentes. "Avec mon groupe d’amies, on était en première cible, on a couru au fond du fumoir. On était entassées, accroupies par terre pour se protéger quand ils nous ont tiré dessus encore une fois" explique Mimi, 27 ans. Aidées par des vigiles, elles réussissent à regagner l’intérieur du bar. "Ça s'est passé super vite, ça criait, toutes les filles couraient, certaines escaladaient les barrières. Je ne voyais pas mes copines, je les appelais en criant" confie Mélissa, 25 ans, qui se souvient de 3 à 4 tirs de mortiers à la suite.

Une bringueuse, qui a souhaité rester anonyme, décrit les attaquants comme "déterminés", tandis que les vigiles et barmans tentaient de les faire fuir, se prenant directement des tirs. Selon cette même victime, les attaquants seraient des hommes qui se seraient fait refuser l’entrée dans le bar, en raison de la non-mixité de l’événement.

Une enquête ouverte par le parquet de Paris

Une fois réfugiées à l’intérieur, pour beaucoup, c’est l’incompréhension : "Une fille avait l’impression d’avoir perdu l’ouïe à cause du bruit, une autre était paniquée car cela lui rappelait les attentats du Bataclan" explique Nino. "Nous étions un peu sous le choc, mais avec l’alcool nous ne nous sommes pas rendu compte de la dangerosité de l’acte" réalise Mélissa. La police est prévenue et arrive rapidement sur les lieux. Plusieurs victimes ont parlé aux forces de l’ordre, qui leur ont demandé si les tireurs étaient "nord-africains". Elles insistent avoir vu des hommes blancs.

Il ne faut pas que ça en reste là, il faut

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