La Serbie réveillée par sa jeunesse

Depuis plus de trois mois, la colère gronde contre la corruption et pour le respect de l’État de droit. Cette révolte menée par les étudiants fait trembler le régime de l’omnipotent président Aleksandar Vučić. Au point d’inspirer les pays voisins.

Simon Rico  • 19 février 2025 abonné·es
La Serbie réveillée par sa jeunesse
La foule se rassemble pour accueillir les étudiants qui arrivent à Kragujevac, le dernier jour d’une marche partie de Belgrade, le 14 février 2025.
© Andrej ISAKOVIC / AFP

"Une catharsis collective. » Voilà comment Milica qualifie la révolte qui secoue aujourd’hui la Serbie. Cette journaliste sait de quoi elle parle : elle a suivi presque toutes les mobilisations de l’opposition démocratique depuis les années 1990, quand le pays se battait contre le régime autoritaire, nationaliste et corrompu de Slobodan Milošević. Aujourd’hui, c’est contre le pouvoir du président Aleksandar Vučić, accusé des mêmes maux, que Milica manifeste.

L’actuel homme fort de Belgrade a commencé sa carrière dans les rangs de l’extrême droite. Il fut un zélé ministre de l’Information durant la guerre du Kosovo, avant de retourner opportunément sa veste à la fin des années 2000, pour se présenter depuis lors comme « pro-européen »… Sans jamais couper les liens avec la Russie et en se rapprochant fortement de la Chine. Son ascension a ensuite été fulgurante : vice-premier ministre en 2012, premier ministre en 2014, il est président depuis 2017. Sa formation, le Parti progressiste serbe, a désormais la mainmise sur toutes les institutions du pays ; l’opposition ne contrôle même plus une seule mairie.

La Serbie n’est pas une démocratie.

Anđela

Ce n’est pas la première fois que Milica descend dans la rue depuis qu’Aleksandar Vučić est au pouvoir. Ces cinq dernières années, les mouvements se sont multipliés pour dénoncer son hégémonie, sa violence et sa corruption. Mais aucun n’a atteint l’ampleur du soulèvement actuel. « La Serbie n’est pas une démocratie, soupire Anđela, la vingtaine. Le parti au pouvoir dit que notre mobilisation est antigouvernementale et anticonstitutionnelle, mais c’est l’inverse. Nous nous battons justement pour que la Constitution soit respectée, pour que personne ne soit au-dessus des lois. »

Cette Belgradoise espère que ce qui se passe aujourd’hui débouchera sur « un vrai

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