Construire sur les victoires

Alors que l’extrême-droite et ses idées montent partout dans le monde, quelques victoires progressistes et écologiques ont eu lieu, ces derniers jours, en France. Les mettre en avant, et comprendre comment elles ont pu advenir, devient alors une nécessité pour s’organiser et résister.

Pierre Jequier-Zalc  • 4 mars 2025
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Construire sur les victoires
Rassemblement place de la République, à Paris, le 7 juillet 2024, au soir des résultats du second tour des élections législatives anticipées.
© Maxime Sirvins

Le marasme est accablant. La lumière se réduit de plus en plus, laissant le noir et les ombres nous envahir. Pourtant, dans les ténèbres qui couvent, des lueurs existent, persistent, combattent. Et gagnent. Dans cette actualité qui peut parfois nous engloutir, mettre en avant ces victoires, s’appuyer dessus, les valoriser devient une nécessité presque vitale. Pour le moral, bien sûr, mais aussi pour ce qu’elles nous apprennent de la lutte d’aujourd’hui.

Les dernières semaines, en effet, ont été marquées par plusieurs succès éclatants pour le camp progressiste et écologiste. Victoire judiciaire contre l’A69 avec arrêt immédiat du chantier, condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour la mort du militant écologiste Rémi Fraisse, loi historique pour interdire les Pfas (polluants éternels), vote à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi pour taxer les ultra-riches. Sans hiérarchiser, toutes ces actualités constituent des victoires qu’il s’agit de ne pas minimiser.

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Pourquoi ? Parce qu’elles nous rappellent que lutter sert à quelque chose. Ces avancées ne tombent pas du ciel, loin de là. Elles sont l’aboutissement de combats acharnés, pluriels dans leur forme comme par la diversité des acteurs et des actrices qui les mènent. Peut-on raisonnablement croire que la France aurait été condamnée pour avoir failli à ses obligations de maintien de l’ordre en causant la mort de Rémi Fraisse, en 2014, sans l’abnégation exemplaire de ses parents, de leur conseil et de nombreux militants ? Que l’État aurait été entravé dans sa volonté de construire l’A69 sans une intense mobilisation de terrain, une multiplicité d’associations luttant main dans la main et bon nombre de scientifiques sonnant l’alarme sur le caractère néfaste d’un tel projet ?

Ces succès illustrent l’importance de l’implication des chercheurs dans les luttes.

Ce dernier point est d’ailleurs un trait d’union de toutes ces victoires : la science et la raison peuvent parfois l’emporter. Alors que, partout dans le monde, les discours simplistes et outranciers trouvent un écho sans précédent depuis le début du siècle, ces succès illustrent l’importance de l’implication des chercheurs dans les luttes. Le vote de la proposition de loi visant à taxer les ultrariches à l’Assemblée nationale en est sans doute la plus évidente illustration. Associer l’un des économistes les plus reconnus du monde sur la question fiscale – en l’occurrence Gabriel Zucman – à sa rédaction lui a donné une portée nouvelle et un sérieux difficilement ébranlable. Même remarque concernant la loi sur l’interdiction des Pfas, où les lobbys se sont cassé les dents sur les arguments éclairants des scientifiques.

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Mais ces arguments, encore faut-il y avoir accès et les comprendre. C’est la dernière pierre de l’édifice : un vrai travail de vulgarisation, effectué par les chercheurs eux-mêmes, mais aussi par des « influenceurs et influenceuses » très suivis sur les réseaux sociaux. Sur les Pfas, on peut noter, entre autres, le travail intensif de Camille Étienne, militante écologiste suivie par près de 540 000 personnes sur Instagram, pour sensibiliser depuis des mois aux enjeux de ce sujet.

Ne soyons pas naïfs, ces victoires, aussi importantes soient-elles, restent mineures face à la vague réactionnaire qui s’abat sur le monde. Pourtant, pour faire face à celle-ci et défaire l’impuissance qui nous gagne, elles doivent absolument nous inspirer. Un sujet précis, des arguments sourcés, infaillibles, une mobilisation quotidienne de terrain et d’information et, enfin, une concrétisation judiciaire ou politique. Voilà donc un bon début de recette pour continuer à résister.

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