Les pratiques douteuses de la Stef pour faire taire un syndicaliste

En 2021, la société de transport frigorifique licencie Abdelatif Menasri pour harcèlement. Cet ex-élu CGT, qui dénonçait des cas de racisme sur le site corrézien, conteste cette décision en justice. Si le tribunal de Limoges a donné raison à ce salarié protégé, l’entreprise a fait appel.

Ludovic Simbille  • 12 juin 2025 abonné·es
Les pratiques douteuses de la Stef pour faire taire un syndicaliste
© Elevate / Unsplash

Un « acharnement ». Abdelatif Menasri ne vit pas autrement la décision de son ancien employeur. En décembre dernier, la Stef, leader européen de transport frigorifique, a attendu le dernier jour pour faire appel du verdict du tribunal administratif de Limoges, lequel invalidait son licenciement. Un « coup sur la tête » pour Abdelatif, qui, deux mois plus tôt, avait « pleuré » à la lecture de la décision de la juridiction limousine, et pensait « enfin tourner la page de ces trois ans ». « Ça me pesait, ça n’a vraiment pas été facile tous les jours… » Trois ans de chômage, trois ans d’attente, trois ans d’angoisse, à ressasser les événements, à ruminer ses 29 années passées sur le site de Brive, en Corrèze.

Abdelatif débute en 1992, au quai de déchargement, à vider les camions, et les charger de produits frais ou surgelés, puis remplace des chauffeurs, été comme hiver, au volant des poids lourds blancs. Au fil des ans, le jeune manutentionnaire trace sa route, gravit les échelons, passe chef adjoint dans les bureaux avant de devenir responsable de livraison de nuit, puis devient élu CGT au comité social et économique (CSE). Dans ce « milieu de bonhommes » – « le transport, c’est pas tendre » – ce « chef à poigne » rugueux, mais professionnel, rencontre même sa future femme.

Viré pour harcèlement moral

À l’été 2020, le représentant CFDT du personnel signale à la hiérarchie le comportement problématique de cinq responsables de service. En octobre suivant, le service des ressources humaines mène un audit interne auprès de treize salariés. Très vite, l’enquête se concentre sur Abdelatif, responsable d’exploitation de nuit décrit comme « insultant », « agressif », « rabaissant », voire qui « ne dit pas bonjour », par plusieurs salariés ayant « la boule au ventre » à cause de lui. Forte de ce réquisitoire, la Stef de Brive le met à pied et demande le licenciement de ce salarié protégé par son mandat syndical. Motif : « harcèlement moral ».

Le délibéré d’audience relève que les faits reprochés s’inscrivent dans un contexte de « conflit ouvert » entre les deux délégués syndicaux.

Problème : après deux

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