« Ça se relit », épisode 4 : Johanna Rolland et Jacinda Ardern

Cet été, Politis demande à de nombreuses femmes de gauche un discours à découvrir… ou redécouvrir. Pour ce quatrième épisode, la maire socialiste de Nantes choisit de relire Jacinda Ardern, ancienne première ministre néo-zélandaise.

Johanna Rolland  • 30 juillet 2025
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« Ça se relit », épisode 4 : Johanna Rolland et Jacinda Ardern
Johanna Rolland et Jacinda Ardern
© Politis / DR / New Zealand Government, Office of the Governor-General CC BY-SA 4.0 pour Jacinda Ardern

En apparence, ce discours de Jacinda Ardern n’a rien de politique. C’est un discours de deuil. Et lorsqu’on est en deuil, à moins de faire preuve de la plus grande indécence, on ne mène pas le combat politique. On partage une souffrance. On l’apaise autant qu’on peut, avec des gestes et des mots, qui sont bien peu face à toutes les vies fauchées par un attentat terroriste.

Et, pourtant, tout dans ce discours est profondément de gauche. À commencer par le fait de nommer le crime pour ce qu’il est : un attentat raciste qui a coûté la vie à cinquante citoyennes et citoyens de Christchurch, parce qu’ils étaient musulmans. Le racisme et la haine anti-musulmans tuent. Ils ont tué à Christchurch. Ils tuent aussi en France.

Pour rejeter et pour tuer, il faut déshumaniser. Retirer tout ce qu’il y a d’humain à celui ou celle qui est l’objet de sa haine. C’est ce que fait l’extrême droite. Jacinda Ardern montre que la meilleure réponse à la déshumanisation, c’est la réhumanisation. Elle le fait en donnant plus d’importance aux victimes qu’aux bourreaux et en les inscrivant dans la mémoire collective.

Sur le même sujet : Accélérationnisme : comment l’extrême droite engage une course à la guerre raciale

Comme elle, je crois qu’une partie de la réponse à la violence d’extrême droite – qui aujourd’hui tente de nous imposer par la force sa vision du monde – est de montrer que nous ne serons jamais comme elle. On ne riposte pas à la brutalité par la brutalité, à la haine par la haine.

Cela n’empêche ni de protéger ce que nous sommes, ni de se battre sans faiblir pour le faire advenir. Et c’est ce que dit Jacinda Ardern : soyons la nation que nous prétendons être. Elle le dit avec ses mots et sa vision de la nation néo-zélandaise.

C’est trop souvent le bruit sourd de la haine qui se fait entendre.

Pour la femme française, de gauche, que je suis, cela signifie recoudre la République. Car ici où Liberté, Égalité, Fraternité devraient chaque jour résonner, c’est trop souvent le bruit sourd de la haine, du racisme et de l’antisémitisme qui se fait entendre.

Nous sommes une nation qui repose sur une promesse d’égalité entre tous les citoyens, quelles que soient leur origine sociale ou leur couleur de peau, et qui fait de la liberté un bien commun, refusant la domination des uns sur les autres. Lutter sans relâche contre les discriminations, ne pas leur céder un pouce ; nous battre pour l’égalité réelle : c’est la meilleure façon d’être la nation que nous souhaitons être.


Le discours de Jacinda Ardern au mémorial de Christchurch, le 29 mars 2019
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