Budget : l’impasse stratégique du parti socialiste

L’article sur la suspension de la réforme des retraites du projet de loi de financement de la Sécurité sociale sera examiné ce 12 novembre à l’Assemblée. Le PS, en quête d’un moment de gloire politique, a opté pour la stratégie de la magouille en votant pour la partie recettes du PLFSS dimanche dernier.

Lucas Sarafian  et  Pierre Jequier-Zalc  • 12 novembre 2025
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Budget : l’impasse stratégique du parti socialiste
Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, le 14 octobre 2025.
© Thomas SAMSON / AFP

On les annonçait « sincères », « âpres », « tendus ». Finalement, les débats budgétaires donnent à voir un concert de « magouilles » politiciennes, loin des débats en hémicycle. Et de débats politiques tout court. La faute, notamment, à un Parti socialiste (PS) qui joue une partition, en chorale avec la Macronie et le gouvernement, surprenante a minima. Les roses ont ainsi voté pour la partie recettes du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Selon eux, ce vote ne serait pas un accord politique avec le texte, mais une manière de poursuivre les débats sur la partie dépenses et, ainsi, de pouvoir débattre de cette fameuse « suspension » (qui n’est qu’un simple décalage) de la réforme des retraites.

En faisant du renoncement au 49.3 l’alpha et l’oméga de leur non-censure, les socialistes se sont piégés tout seuls.

Dans ce jeu de petites magouilles, le gouvernement a donc fait en sorte que l’article 45 bis du PLFSS, sur la suspension de la réforme des retraites, soit examiné en priorité mercredi 12 novembre. Mais, et c’est là où il faut suivre, le PS et la Macronie ont voté main dans la main, au soir du dimanche 9 novembre, pour ne pas rallonger les débats, condamnant, de fait, la possibilité d’aller au bout de l’examen du PLFSS.

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Récapitulons : le PS veut s’offrir un moment de gloire politique en faisant adopter la suspension de la réforme des retraites. Ce qui est déjà une quasi-certitude, car la majorité des députés macronistes devraient s’abstenir. Mais, pour ne pas se mouiller en votant le reste du PLFSS, ils se sont arrangés pour que l’examen du texte n’arrive pas à son terme. Les socialistes permettent ainsi d’éviter au gouvernement un vote négatif et de renvoyer directement la copie au Sénat, dominé par la droite, qui se chargera bien évidemment de réorienter ce budget. Le tout dans des délais qui paraissent de plus en plus intenables. Chapeau, les artistes !

Recentrage

En faisant du renoncement au 49.3 l’alpha et l’oméga de leur non-censure (même s’ils répètent à l’envi qu’il faudrait des mesures de justice sociale), les socialistes se sont piégés tout seuls. Comment ont-ils pu croire que les macronistes allaient céder ? La copie budgétaire n’a presque rien de bon. Et leur vote sur la réduction du temps des arrêts de travail, ou pour faciliter le télétravail lorsqu’un salarié est arrêté, questionne même la ligne politique de leur groupe parlementaire.

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Pourtant, ils le jurent tous les matins : ils font toujours partie de l’opposition et censureront quand ils le voudront. Mais il ne se passe rien. Cette stratégie les isole du reste de la gauche. Les roses jettent à la poubelle la très fragile union de la gauche qui a fait entrer près de 70 députés socialistes au Palais Bourbon. « Je ne rencontre personne dans la rue qui m’interpelle pour me dire qu’il souhaite une dissolution à tout prix, justifie le patron du PS, Olivier Faure, dans Le Parisien. Les gens me disent : “Tenez bon, défendez-nous.” » Sans que l’on comprenne en quoi cette chorégraphie avec le gouvernement permettra de défendre les classes moyennes et populaires.

Les socialistes essaient, avec cette périlleuse stratégie, de se créer un autre espace politique.

Car le véritable enjeu, pour le PS, n’est pas là. Au fond, il est surtout question de la prochaine présidentielle. Si Jean-Luc Mélenchon et les siens espèrent construire un pôle solide autour d’un programme radical pour affronter l’extrême droite, les socialistes essaient, avec cette périlleuse stratégie, de se créer un autre espace politique, en se recentrant vers la Macronie. Une tentative pour réveiller une ligne réformiste. Ou pour constituer le refuge inespéré de ce qu’il reste du macronisme pour les deux années à venir.

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