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Publié le 10 avril 2011

Trois devinettes littéraires …

… pour occuper vos loisirs.

[ Elles sont tirées de trois livres récents, nouveautés ou rééditions, qui viennent de se nicher dans ma boîte aux lettres, c’est le printemps. La première est facile, vous devriez vite en venir à bout ; la deuxième sans doute un peu plus difficile à sourcer, les plus malins y arriveront peut-être ; quant à la troisième, si vous trouvez sans indice, c’est que vous êtes un proche de l’auteur (bien connu, mais pas dans ce registre) ou un copain de l’éditeur, tricheur, va ! ]

Et d’une :

« Krach …Krach … Krach Les banques de New York baissent leur rideau de fer. Les braves gens sont debout livides au bas du lit.

Qu’est-ce que vous dîtes … Je suis mal réveillé.

La Bourse de New York va fermer. Comme c’est près New York. Comme c’est près …

CÂBLEZ … CÂBLEZ … CÂBLEZ !

Ça va mal au pays de la prospérité. Ford demeure maintenant au rez-de-chaussée. S’il se jette par la fenêtre on pourra peut-être le sauver …

Ça va mal …

Le bourgeois pleure des larmes et grince des dents. Il devient de plus en plus méchant.

Comme ce grand homme mythologique qui n’était sensible qu’au talon, le bourgeois n’est sensible qu’au fric même quand on lui joue du violon.

Il tuerait bien tout le monde pour garder sa maison. Mais il ne peut pas tuer lui-même. Il faut qu’on croie qu’il est bon.

Alors il cherche un homme, comme Diogène.

Alors il trouve un homme au fond d’un vieux tonneau de peinture. (…)

L’homme de paille pour foutre le feu. Le tueur. Le provocateur.

On présente d’abord le monstre en liberté. On le présente aux ouvriers : « C’est un ami, presque un frère, un ancien peintre en bâtiment. »

Le moindre mal, quoi . C’est moins dangereux qu’un général, un ancien peintre en bâtiment … »

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Et de deux :

« A cette époque, nous sommes au moment du reflux du New Deal, à un stade où la politique de Roosevelt, dont tout le monde savait qu’il avait véritablement sauvé le régime américain, était l’objet de très dures critiques, de la part en particulier de la majorité de la presse.

On reprochait à Roosevelt d’avoir mis des freins aux horizons illimités du régime capitaliste libéral.
C’était cela le New Deal, la mainmise de l’Etat sur une grande partie de l’économie américaine,par les grands travaux, par les grands programmes, par tous les moyens que Roosevelt avait pu trouver pour sortir les Américains d’une crise très dure. Beaucoup de mes camarades d’université me racontaient les drames vécus dans leur famille, le père au chômage, la maladie,qui arrive, pas de garantie sociale, naturellement, encore moins que maintenant, et des suicides, des disparitions d’entreprises. Le choc de la crise américaine de 29 avait été très profond et il en restait des traces encore visibles huit ans après, au moment où j’étais étudiant aux Etats-Unis.

Mes amis de gauche ou d’extrême gauche qui avaient été des partisans du New Deal reprochaient de leur côté à Roosevelt de ne pas avoir été au bout du raisonnement. Car Roosevelt n’a pas socialisé les Etats-Unis. Il a pris des mesures sociales, il a imposé pendant une période le contrôle de l’Etat sur l’économie et même les finances du pays. Il n’a pas été au-delà. Pour finir, Roosevelt a été réélu sans difficulté, avec une grande majorité. »

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Et de trois :

« Le petit nuage rose se reforma au-dessus du fauteuil de Math. Fred coupa court.

Paranoïa érotomane. Classique dans l’armée, et pas seulement chez les PFAT. Bon, on va d’abord localiser le troll, puis on s’occupera de le vider. Donnez-moi le nom de notre client, l’URL de son blog et de ses dernières interviews trollées …

Math se racla de nouveau la gorge.

Je crains, Fred, qu’il ne faille dans un premier temps vous en passer. Notre client aime à se mettre en scène dans des situations périlleuses : Biafra, Afghanistan, Algérie, Bosnie, Tchétchénie, Géorgie … Aujourd’hui, il est en Colombie. Mais il a la sagesse, comment dire, d’éviter la témérité. Il ne tient pas à ce que notre accord s’ébruite. Bref, je ne suis autorisé à vous communiquer que ses initiales et celles de sa compagne : BHL et AD.

Boogieplayer Heinz-Lowenstein et Agnès Dersen ?

Vous avez l’esprit vif, Fred, et je suis content de vous avoir embauché. Mais là, votre shoot n’était pas cadré. Ce n’est pas eux. Peu importe : avec vos compétences, vous trouverez facilement … »

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Et vous, les p’tits futés ?

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Samedi 16 avril : les solutions.

Devinette n° 1 : Prévert, donc, certains ont trouvé facilement et JPB donne le titre exact, L’avènement d’Hitler . Le texte date du 30 janvier 1933, jour de l’accession du moustachu nazi à la chancellerie d’Allemagne. Illustration - Trois devinettes littéraires … Il ne fait que quelques pages, mais Jean-Paul Liégeois, qui le réédite, a choisi de donner son titre à un ensemble d’autres écrits (poèmes, sketches, saynètes, chansons) de la même époque, que le poète écrivait à chaud, notamment à destination du Groupe Octobre , qui les mettait à son répertoire. (On trouve aussi dans ce petit livre le célèbre Dîner de Têtes ).

L’ Avènement d’Hitler , Le cherche midi, 109 p., 5 euros.*

Devinette n° 2 : le Raymond Aubrac de Pascal Convert, pavé roboratif, fruit de trois ans d’entretiens entre l’auteur (sculpteur et documentariste) et celui qu’il appelle « cet aventurier mystérieux du XXè siècle » . Illustration - Trois devinettes littéraires … Au départ, des échanges devant une caméra, acceptés avec réticence par le grand résistant, qu’affecte alors la mort de Lucie, la compagne de toujours. Il s’agit de nourrir un long portrait filmé. Mais, comme dit l’auteur, « d’entretien en entretien, l’entreprise prenant une tournure gargantuesque, la seule manière d’en rendre compte devenait d’écrire un livre. » L’objet est désormais sur les rayons. On peut le lire de bout en bout, ou y plonger au hasard des treize « mouvements » qui le découpent : c’est toujours des moments de lecture passionnants.

Raymond Aubrac, Résister, reconstruire, transmettre , Pascal Convert, Seuil, 750 p., 25 euros.*

Devinette n° 3 : vous connaissez le Lipietz économiste et chercheur, le théoricien fécond de l’écologie politique en France, le militant infatigable, ancien député européen, candidat malheureux à la candidature de son parti foutraque à la présidentielle … Il a encore d’autres casquettes, notamment littéraires, et c’est un joyeux drille un peu tout fou, un grand amoureux (secoué par la mort d’une épouse chérie), un père comblé, un hédoniste confirmé, n’en jetons plus !Illustration - Trois devinettes littéraires … Découvrez donc, pour votre plus grand plaisir, ce petit polar enlevé et bondissant en tout sens, comme son auteur et qui recèle, au fil d’une intrigue farfelue à souhait, quelques analyses géopolitiques moins futiles qu’il n’y paraît !

Les fantômes de l’internet , Alain Lipietz, Les Petits matins, 163 p.,15 euros.*


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