L’Alaska menacée par les forages

Les sénateurs américains républicains veulent ouvrir tous les espaces protégés aux prospections pétrolières et minières. En commençant par une réserve de 14 millions d’hectares en Alaska.

Claude-Marie Vadrot  • 23 octobre 2017
Partager :
L’Alaska menacée par les forages
Photo : manifestation devant le Capitole contre l'autorisation des forages dans des zones protégées arctiques.
© WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Cela fait des années que les plus acharnés des sénateurs et représentants républicains cherchent des moyens pour changer ou contourner les législations interdisant de forer des puits de pétrole dans les espaces protégés. C’est notamment le cas pour une immense réserve naturelle de 14 millions d’hectares, l’Arctic National Wildlife Refuge en Alaska, pays des ours polaires, des caribous, des morses, des phoques et de dizaines d’espèces d’oiseaux. C’est aussi la terre sacrée des Gwich’in, la plus septentrionale des tribus vivant en Amérique du Nord. Cette population fragile de 10 000 personnes survit difficilement de la pêche, de la chasse et du commerce de peaux et de fourrures. Sa vie quotidienne serait gravement remise en cause par le moindre accident.

Avec le soutien de Donald Trump et évidemment celui des sociétés pétrolières, des sénateurs républicains pensent avoir trouvé une astuce pour contourner la loi. Ils veulent introduire dans le budget 2018, par l’intermédiaire du Comité sénatorial pour les ressources naturelles, un amendement qui contraindrait les responsables de la réserve naturelle à générer un revenu de 5 milliards de dollars au cours des dix prochaines années. Comme cette réserve, et d’autres offrant des perspectives pétrolières ou minières, n’ont pratiquement pas de ressources propres, il ne resterait ensuite comme solution à ses gestionnaires que d’accorder des permis de forage et éventuellement d’exploitation à des sociétés pétrolières.

Comme ce projet en cours de finalisation relève de la simple préparation du budget fédéral, il suffit que cinquante sénateurs le votent : ce qui est tout à fait possible dans un Sénat où ils comptent une majorité de 52 voix sur 100. Cette initiative est préparée par les deux sénateurs de l’Alaska qui militent, depuis l’élection de Donald Trump, pour que l’administration américaine recouvre les droits de vendre des droits de forage le long des côtes arctiques. L’un deux, Dan Sullivan, explique franchement :

Nous pensons que le Sénat saisira cette opportunité de restaurer tous les droits de forage supprimés par Obama.

Quant à l’autre Sénateur, Lisa Murkowski, elle appuie le projet car elle se trouve être la présidente du Comité sénatorial pour l’énergie…

Le président du Comité pour les ressources naturelles du Congrès, un certain Rob Bishop, élu de l’Utah, mormon et connu pour son climatoscepticisme, explique qu’il faut aller au-delà de l’ouverture des côtes de l’Arctique et trouver les moyens législatifs d’accorder des permis de forage gazier et pétrolier ou de prospection minière dans tous les espaces fédéraux protégés, « parce que cela permettrait de rapporter des milliards au budget fédéral ».

Les mêmes sénateurs préparent des amendements au budget, sans qu’il soit jamais question de pollution, de protection de la nature, de l’environnement ou des espèces animales, qui devraient aussi permettre de vendre dès 2018 les droits à forer dans l’est du golfe du Mexique. Alors que le moratoire voulu par l’administration Obama (et réputé renouvelable) n’expire qu’en 2022.

L’idée des sénateurs d’utiliser la législation budgétaire pour contourner toutes les interdictions légales est appuyée officiellement par Scott Pruitt, le directeur de l’Agence fédérale pour l’environnement, qui a déjà licencié, depuis janvier, la moitié de ses scientifiques chargés de veiller sur les milieux naturels et de lutter contre les pollutions…

Des sénateurs démocrates ont tenté, ce week-end, de bloquer le contournement de la loi, mais ils ont échoué.

Monde Écologie
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Midterms : « Beaucoup d’électeurs passés chez Trump se reportent sur des candidats socialistes »
Entretien • 2 novembre 2026 abonné·es

Midterms : « Beaucoup d’électeurs passés chez Trump se reportent sur des candidats socialistes »

À la veille des élections de mi-mandat aux États-Unis le 3 novembre, la poussée des candidats socialistes et progressistes ravive la fracture du Parti démocrate. Tristan Cabello, historien, analyse le conflit entre une base qui penche à gauche et un appareil centriste qui résiste.
Par William Jean
Pour les jeunes Palestiniens d’Israël, un vote de choix « entre le mauvais ou le pire »
Monde • 2 novembre 2026 abonné·es

Pour les jeunes Palestiniens d’Israël, un vote de choix « entre le mauvais ou le pire »

Les élections législatives en Israël ont mobilisé 80 % de l’électorat la semaine dernière. Les Palestiniens citoyens du pays ont, eux aussi, massivement voté, espérant pouvoir enrayer le carnage à Gaza et la colonisation en Cisjordanie.
Par Milena Hannah Peillon
Soudan : le peuple abandonné au conflit
Monde • 29 octobre 2026 abonné·es

Soudan : le peuple abandonné au conflit

Depuis le 15 avril 2023, le pays vit au rythme des massacres et des bombardements. Tandis que sévit une crise humanitaire sans précédent, des réfugiés et des Franco-Soudanais dénoncent le silence médiatique et politique des États occidentaux.
Par Bérénice Paul
Entre colère et espoir, la jeunesse réveille les Balkans
Luttes • 23 octobre 2026 abonné·es

Entre colère et espoir, la jeunesse réveille les Balkans

En Serbie, la liste étudiante espère renverser dans les urnes le régime d’Aleksandar Vučić après deux ans de mobilisation contre la corruption et l’autoritarisme. Leurs camarades albanais leur ont emboîté le pas ces derniers jours pour déboulonner Edi Rama, un autre « stabilocrate ».
Par Simon Rico