Macron n’a que faire du repos des gens d’arme

Le chef de l’État ne veut plus que gendarmes et militaires appliquent, comme c’est le cas depuis un an, une directive européenne sur le temps de travail.

Michel Soudais  • 19 octobre 2017
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Macron n’a que faire du repos des gens d’arme
© Photo : PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Devant les 500 plus hauts responsables de la police et de la gendarmerie, réunis à l’Élysée, hier, Emmanuel Macron s’est engagé à donner aux forces de l’ordre les moyens d’être « plus efficaces ». De l’intervention fleuve du chef de l’État, les comptes rendus de presse ont surtout retenu l’annonce de la création d’une _« police de sécurité du quotidien » qui reste à définir. Ou la promesse de donner aux forces de l’ordre des moyens « humains, matériels et technologiques » importants : rénovation des commissariats, création de 10 000 emplois, etc.

Mais une annonce, passée relativement inaperçue, a suscité l’inquiétude des nombreux galonnés présents. Emmanuel Macron leur a en effet demandé « aussi d’optimiser l’utilisation des moyens et de conduire les indispensables réformes de structure ». Et pour renforcer la « présence [des forces de l’ordre] sur la voie publique », le chef de l’État ne compte pas seulement « aller au bout des redéploiements territoriaux entre la police et la gendarmerie », ni se contenter de « réexaminer la répartition des effectifs sur le terrain ». Évoquant « la question sensible des cycles horaires et du temps de travail », il a clairement dénoncé l’application dans la gendarmerie, depuis un an, d’une directive européenne de 2003 qui impose un repos de onze heures entre deux journées de travail :

Ma détermination est complète pour qu’aussi bien la gendarmerie que le ministère des Armées ne soient pas concernés par la directive bien connue. Les choses sont claires, notifiées à qui de droit, et seront portées jusqu’à leur terme.

Ce refus d’appliquer les directives européennes relatives au temps de travail, alors que les CRS négocient encore pour obtenir ces onze heures de repos minimales, a suscité une réaction vive de l’Association professionnelle nationale des militaires de la gendarmerie du XXIe siècle. Dans un communiqué diffusé sur son site Internet, l’APNM GendXXI annonce qu’elle _« ne tolèrera aucun retour en arrière sur les 11 heures de repos ». Et que si elle privilégie le dialogue, elle n’exclut pas d’« autres formes d’actions ».

Ce « syndicat », un peu particulier puisqu’il ne peut organiser ni grève ni manifestation, a été créé en janvier 2015 suite à deux arrêts du 2 octobre 2014 de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui avaient condamné la France pour son interdiction absolue des syndicats dans la gendarmerie et l’armée. Il n’est donc pas surprenant que l’APNM GendXXI rappelle au chef de l’État, qui est aussi chef des Armées, que « l’adhésion à l’Europe ne se fait pas à la carte » et que « la France ne peut pas prendre ce qui l’intéresse et laisser de côté les directives dérangeantes… ceci au risque de créer une rupture d’égalité entre les citoyens et de générer du contentieux ».

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