Goodyear : le dernier procès des licenciements boursiers

Les prudhommes d’Amiens, délocalisés pour l’occasion, jugeaient ce jeudi la plainte de 832 ex-salariés pour licenciement abusif. Procès hors-norme, qui devrait rester le dernier du genre.

Erwan Manac'h  • 4 octobre 2018 abonné·es
Goodyear : le dernier procès des licenciements boursiers
© Photo : FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Le cadre est inhabituel, pour un procès en tout point extraordinaire. Dans la grande salle des congrès « Mégacité » d’Amiens, environ 500 personnes ont assisté ce jeudi à l’épilogue d’un conflit judiciaire, syndical et politique majeur. Six ans, des dizaines de procès, trois plans sociaux annulés en justice et 1 173 suppressions d’emploi qui auront durablement impacté le paysage social français.

Quatre ans après la fermeture de l’usine Goodyear d’Amiens Nord, 832 anciens salariés ont enfin obtenu une audience, pour tenter de démontrer que les difficultés économiques invoquées pour leur licenciement étaient construites de toutes pièces. Un procès non seulement hors-norme par sa taille, mais qui devrait également rester inédit, car les ordonnances Macron ont profondément réécrit l’an dernier les lois encadrant les licenciements économiques. C’est la tonalité, politique et historique, que le sémillant Fiodor Rilov, avocat emblématique des luttes sociales, a d’emblée voulu poser en toile de fond.

Debout, sur la scène jaunie par la lumière tamisée, Fiodor Rilov plaide jusqu’à la dernière seconde, sur les quatre heures qui lui étaient imparties. « Vous allez m’entendre, rassurez-vous », introduit-il en refusant fermement le micro que le tribunal tente de lui imposer.

« Plus d’argent que jamais »

Il en vient rapidement à sa principale pièce, le rapport annuel du groupe, qu’il brandit vigoureusement : Goodyear dégageait 2,5 milliards de dollars de bénéfices, « profit le plus élevé de l’histoire de l’entreprise, en amélioration de 8 % sur un an », en 2014, année où la fermeture a été annoncée. « Le groupe a multiplié son dividende par 4 la même année », cingle-t-il, dos à une salle d’ex-salariés et de militants syndicaux à l’écoute quasi religieuse.

On ne peut pas faire plus d’argent que jamais, le déclarer, et expliquer en même temps qu’on a besoin de licencier les salariés du site d’Amiens Nord.

Il dégaine enfin un document remis par la direction mondiale de l’entreprise au gendarme financier américain, dans lequel « Goodyear reconnaît que “le transfert de la production de pneus agraires [va] améliorer [leur] résultat d’exploitation dans la zone Europe à hauteur de 75 millions de dollars par an ».

Les ordres viennent du Luxembourg

Fiodor Rilov agite son mètre quatre-vingt-dix devant une enfilade d’avocats, assis derrière une rangée de dossiers. Il tente de démontrer, documents internes à l’appui, que le véritable contrôle du groupe se situe au Luxembourg, au siège de « GDTO » la filiale créée par Goodyear

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Société Travail
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