Sferis, un enfer social estampillé SNCF
Management par la peur, conditions de travail indignes, mépris du code du travail… La filiale privée du groupe ferroviaire pour les travaux de voirie comprime les coûts en mettant ses salariés en danger. Révélations.
dans l’hebdo N° 1522 Acheter ce numéro

J e n’avais jamais vu ça. L’ambiance est tellement tendue que tout le monde veut quitter l’entreprise, sauf ceux qui n’ont pas le choix parce qu’ils ont un emprunt ou des enfants », confie un ancien salarié, qui cumule pourtant les expériences dans le domaine des ressources humaines. « On a créé des situations de souffrance extrême », soupire un autre, qui vient lui aussi de démissionner pour ne plus aller « travailler la boule au ventre ».
Bienvenue chez Sferis, filiale de droit privé créée de toutes pièces en 2012 par la SNCF pour faire le même travail qu’elle à moindre coût. Spécialiste des travaux et opérations de maintenance des voies ferrées, des caténaires et de la signalisation, elle concourt aux appels d’offres qui sont désormais passés pour le rail ou intervient comme simple sous-traitant de la SNCF « de gré à gré ». « On est la SNCF low cost », souffle un salarié qui officie sur les chaînes d’« annonces humaines » déployées le long des voies pour remplacer une signalisation électronique en panne ou en maintenance.
Des semaines de 76 heuresCet appendice de la SNCF a connu une croissance – trop – rapide et atteint 829 salariés au premier semestre 2018, grossissant dans une chasse obsessionnelle aux coûts. Il a l’avantage d’embaucher hors statut de cheminot, sous convention collective du BTP, et ne rémunère pas ses ouvriers durant le temps de trajet, jusqu’à 50 km, contrairement à la SNCF. Comme le révèle une somme de documents et de témoignages recueillis par Politis, Sferis s’est aussi alignée sur les pires pratiques managériales du secteur du BTP et prend quelques libertés avec la légalité. C’est ce qui transparaît des comptes rendus de réunions du personnel, au cours desquelles des ouvriers se plaignent régulièrement d’être logés dans des conditions indignes. Ceux qui sont affectés sur la ligne Sète-Narbonne, qui travaillent de nuit, dorment ainsi dans un camping près de Montpellier. Ils dénoncent également des pauses refusées et l’absence d’eau potable ou de « base de vie » sur certains chantiers.