Gilets jaunes : délit de contestation

Acte après acte, les manifestants sont confrontés à une justice sévère, expéditive et liberticide.

Romain Haillard  et  Oriane Mollaret  • 3 avril 2019 abonné·es
Gilets jaunes : délit de contestation
© photo : Manifestation de gilets jaunes le 23 mars à Paris, devant le palais de justice.crédit : Kiran Ridley/Getty Images/AFP

Ici, l’ambiance est feutrée. Pas de plaintes douloureuses arrachées par des LBD au bruit sourd. Pas de grenades assourdissantes sifflant aux tympans. Pas plus que de souffle nauséabond des palets de lacrymo. Ici, les avocats murmurent à l’oreille de leurs clients et les proches des prévenus écoutent les réquisitions du procureur en silence. Au palais de justice de Paris, face à un gilet jaune sous escorte policière, une magistrate rend son jugement : « Le tribunal vous condamne à trois mois de prison ferme. » Certaines paroles frappent, foudroient, enferment. Depuis l’acte 1 du mouvement, la lutte ne se cantonne pas à la rue. Elle se poursuit dans les tribunaux correctionnels, où 4 000 gilets jaunes (1) ont défilé devant les juges. Nul besoin d’être un « émeutier » : être « complice du pire » suffit. Du contestataire au délinquant, il n’y a qu’un pas.

« Nous vivons l’aboutissement d’un processus amorcé depuis les manifestations contre la loi travail », décrypte un policier de SUD Intérieur qui a souhaité garder l’anonymat. Le syndicaliste pointe la judiciarisation du maintien de l’ordre, qui se traduit par un nombre croissant d’interpellations. Entre les samedis 24 novembre et 8 décembre, elles ont été multipliées par dix. Bilan : plus de 9 000 gilets jaunes placés en garde à vue. Cette privation de liberté doit être retenue si une personne a commis ou tenté de commettre un délit, et est strictement encadrée par la loi. Mais cette procédure a été détournée de ses fonctions premières, comme l’a révélé Mediapart (2). La

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Violences policières : à Évin-Malmaison, « ils nous ont massacrés »
Reportage 9 juin 2026 abonné·es

Violences policières : à Évin-Malmaison, « ils nous ont massacrés »

Le 4 avril, un policier a étranglé Zakariyya lors de son interpellation à son domicile dans une petite ville du Pas-de-Calais. Ses parents, ses frères et ses sœurs ont assisté à la scène, qu’ils ont filmée. Tous sont traumatisés et veulent “être entendus”.
Par Pauline Migevant et Maxime Sirvins
Meurtre de Lyhanna : « La police judiciaire n’est pas une priorité en France »
Entretien 8 juin 2026 abonné·es

Meurtre de Lyhanna : « La police judiciaire n’est pas une priorité en France »

Alors que le meurtre de Lyhanna déchaîne les réactions médiatiques et politiques sur une possible défaillance de la justice, Évelyne Sire-Marin, vice-présidente de la Ligue des droits de l’Homme et ancienne juge des enfants, revient sur les mécanismes à l’œuvre dans la protection de l’enfance au niveau judiciaire.
Par William Jean
Lafarge : des militants écolos traités comme des terroristes
Justice 2 juin 2026

Lafarge : des militants écolos traités comme des terroristes

Le 10 décembre 2023, des militants écologistes avaient mené une action sur un site de Lafarge, engendrant une enquête d’ampleur dirigée par l’antiterrorisme. Quatre personnes, condamnées en première instance à de la prison avec sursis, comparaissaient ce 1er juin devant la cour d’appel de Rouen.
Par Vanina Delmas
À Paris, la marche néonazie du C9M reste interdite
Extrême droite 8 mai 2026

À Paris, la marche néonazie du C9M reste interdite

Le tribunal administratif a rejeté la levée d’interdiction demandée par les organisateurs du Comité du 9 mai (C9M), une marche néofasciste en hommage à un militant mort en 1994.
Par Hugo Boursier