Numéro 1984

Une vaste entreprise de grand remplacement du réel par une réalité alternative.

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L’autre jour, Le Figaro a publié une chronique de son collaborateur (et militant) Éric Zemmour consacrée – c’était son titre – à : « Cette gauche qui encourage le retour du racisme ».

Puis, quelques jours plus tard, Le Figaro a publié un (très) long entretien croisé avec l’essayiste (et militant) québécois Mathieu Bock-Côté et la journaliste (et militante) Sonia Mabrouk, dans lequel ces deux intéressants personnages dénonçaient, à l’unisson de l’éditocratie dominante (où cette récitation est devenue une discipline discursive à part entière), les « nouveaux racistes » de la gauche antiraciste.

Par ces différentes publications, Le Figaro délivre, on l’aura compris, un double message. Premièrement : le racisme avait disparu. Mais il fait son « retour » par (et avec la complicité de) ladite gauche. Deuxièmement, et par conséquent : le racisme, c’est l’antiracisme.

Ces affirmations sont évidemment mensongères. Car, bien sûr, le racisme n’avait pas disparu. Dans le cours des deux dernières décennies, il a au contraire, et par la droite, investi complètement le débat public, où il s’exhibe désormais en toute décomplexion – et semble même être devenu, pour ses promoteurs, un gage d’employabilité.

C’est ce dont témoigne en particulier le cas, extrême à tout point de vue, d’Éric Zemmour, qui depuis 2011 a été régulièrement condamné (1) pour provocation à la discrimination et à la haine raciale ou religieuse, et qui vient encore de faire condamner l’un de ses autres employeurs à 200 000 euros d’amende pour incitation à la haine – sans que jamais cela ne nuise à son plan de carrière, puisque au contraire il a été, dans cette même période, recruté par une chaîne dite d’« information », cependant que Le Figaro, moins alarmé qu’à son accoutumée par les multirécidivistes, lui maintenait toute sa confiance.

Il faut cependant concéder à ce si complaisant journal, qui permet donc à Éric Zemmour, après chacune de ses condamnations, de continuer à sévir jusqu’à la suivante, que l’exemple de ces manipulations lui vient du haut – et de très haut même, lorsque Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale d’Emmanuel Macron, insinue par exemple que tel syndicat étudiant qui organise parfois des réunions réservées à des victimes de discriminations serait sur le point de basculer dans le « fascisme ».

D’évidence, il y a derrière tout cela – derrière ces trucages à répétition, devenus depuis quelque temps presque quotidiens – une vaste entreprise de grand remplacement du réel par une réalité alternative, où le gouvernement marche du même pas que la presse réactionnaire.

Cette entreprise de destruction du langage – et de la vérité – n’est pas complètement nouvelle : nous savons depuis longtemps déjà qu’elle porte, dans les nomenclatures des procédures propagandistes, le numéro 1984.

(1) Lorsqu’il n’était pas occupé à proclamer que le maréchal Pétain n’était pas un si mauvais bougre.


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