Dossier : Croissance, déficit, évaluation... Ces chiffres qui nous gouvernent

Ces chiffres qui nous gouvernent

Dans le marasme actuel, on ne sait plus si la classe politique est rendue impuissante par des logiques comptables qui la dépassent, ou si elle utilise à son avantage la profusion d’indicateurs pour noyer le débat et imposer son idéologie.

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Au commencement étaient les chiffres : le rêve d’une croissance à 3 %, les 2000 milliards de dette, le dogme des 3 % de déficit public… Ce dernier, notamment, fait la vie dure à des millions de personnes en Europe : jeunes Espagnols privés de travail, retraités grecs amputés de leur pension, travailleurs français rincés par les gains de productivité… De cure d’austérité en cure d’austérité, on en est à se demander si les conquêtes sociales patiemment acquises au fil des siècles – et souvent au prix de vies humaines –, la diversité des cultures ou l’idée même de services publics résisteront au rouleau compresseur de ces indicateurs devenus de véritables prisons pour la pensée et la politique. Les chiffres auront-ils la peau d’une civilisation ? Bien sûr, ce ne sont pas stricto sensu les chiffres qui gouvernent : ce sont les dirigeants, et leur politique. Mais, dans le marasme actuel, on ne sait plus si la classe politique est rendue impuissante par des logiques comptables qui la dépassent, ou si elle utilise à son avantage la profusion d’indicateurs pour noyer le débat et imposer son idéologie. Nous voilà en tout cas bien loin de la Grèce antique, berceau de la démocratie, où le débat constituait la pierre angulaire de la cité. La passion des chiffres et ses corollaires, l’évaluation permanente et le culte de la performance, ont peu à peu infusé toutes les sphères de notre société. La financiarisation de l’économie n’est pas étrangère à la propagation de cette idée que n’a de valeur que ce qui peut être quantifié, mesuré, évalué. Triste monde dont on ne pourra sortir qu’à deux conditions : lutter à armes égales par la production d’indicateurs alternatifs, déconstruire les chiffres et revenir à la pensée. Au verbe.


Photo : Adie Bush / Cultura Creative

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