Menace de disparition sur les ondes

Radio France entend refondre Sophia, sa banque de programmes, avant peut-être de liquider sa structure. Un enjeu considérable pour les radios associatives et le personnel.

Jean-Claude Renard  • 9 juin 2016
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Menace de disparition sur les ondes
Agora de la maison de la radio, aussi appelée "maison ronde".
© LOIC VENANCE / AFP.

« Nous proposons depuis plus de 20 ans,
 aux radios indépendantes, associatives, commerciales et webradios, un programme animé, composé de musique, d’informations et de chroniques. Avec Sophia vous bénéficiez de tout le savoir-faire et de toute l’expérience de Radio France dans la production et le traitement de contenus radios. » Ainsi se présente Sophia, banque de programmes de la Maison ronde. Aux manettes, des chroniqueurs et des journalistes de Radio France qui assurent dix-huit rendez-vous quotidiens d’information nationale et internationale, des chroniques hebdomadaires (musique, cinéma, bien-être, faune et flore, Internet, économie, etc.), et une programmation musicale de 6 heures à minuit. Une offre conséquente donc et un outil indispensable pour les radios associatives, à un prix raisonnable.

Seulement voilà. La direction de Radio France semble chercher à se séparer de cette entité. A l’automne dernier, Frédéric Schlesinger, directeur délégué aux antennes et aux programmes du groupe public, entamait un processus de cession. Repreneur pressenti : SOS, tourné vers l’entrepreneuriat social et possédant une branche médias (avec quelques magazines, comme Respect et plusieurs radios). Aussitôt, le Syndicat national des radios libres (SNRL) s’est enquis de la situation. À raison, puisque Frédéric Schlesinger s’était engagé à recueillir l’aval du ministère, du CSA et des organisations professionnelles comme le SNRL. Lequel syndicat s’est opposé à cette cession, « parce que si elle doit avoir lieu, elle doit rester dans le groupe public, ou dans le cadre d’une structure publique d’intérêt général et co-pilotée par le ministère de la Culture et les organisations professionnelles, s’agissant de missions destinées avant tout aux radios associatives », estime Loïc Chusseau, délégué national aux affaires culturelles du syndicat.

En février, la direction recule. Par courrier, Mathieu Gallet annonce que le projet de cession à SOS « est abandonné ». Le syndicat n’en restait pas moins vigilant, prêt à « envisager l’avenir de Sophia, dans un autre cadre que celui de la cession ». Pour le SNRL, il s’agit de mieux paramétrer les besoins des radios associatives, pour attirer davantage d’abonnés. A charge pour le SNRL, demande alors Frédéric Schlesinger de s’entendre avec le Conseil national des radios associatives (CNRA).

© Politis

Mais le 27 mai, tombe dans les boîtes des radios abonnées un nouveau courrier de la direction de Radio France : l’offre de Sophia va être redéfinie, dès ce mois de juillet, avec une voilure à la baisse, se recentrant sur l’information. Exit toutes les chroniques. Sans concertation avec les organisations professionnelles, ni même avec les radios abonnées. « On n’est pas dupe, relève Loïc Chusseau, on sent bien que Radio France veut se débarrasser de Sophia, ou créer les conditions de sorte que Sophia ne soit plus viable. » Curieusement. Car si Sophia n’est pas véritablement rentable, rappelle Loïc Chusseau, « son déficit s’élève à 200 000 euros à peine. Une goutte d’eau dans un budget global de plus de 800 millions d’euros, une goutte d’eau qui permet à plus de soixante-dix radios associatives de bénéficier de contenus. Au passage, on peut imputer une partie de ce déficit au ratage qu’a constitué la non-vente de ses programmes à Autoroute FM, sous l’ère de Jean-Luc Hees ». Tout se passe comme si la direction visait « à laisser mourir de sa belle mort la structure. Ce qu’on demande, c’est l’échange et la construction, qu’une banque de programmes puisse encore exister, au sein de Radio France ou pas, mais toujours dans un cadre d’intérêt général et public ».

Dans la perspective de cette nouvelle offre (amputée) faite aux radios associatives, le Syndicat national des radios libres compte interpeler à nouveau le ministère, le CSA et Radio France puisque jusqu’alors, « il n’était pas question de redistribution de l’offre sans concertation générale ».

En attendant, moins de contenus, ce sont moins de postes. Et moins de CDDU, appelés « permittences » dans le jargon, ces contrats à durée déterminée d’usage, très courants à Radio France, qui permettent de remplir les grilles saison après saison (évitant ainsi de payer les mois d’été), ceux-là mêmes à Sophia qui sont rattachés à Fip, France Culture et/ou France Musique (certains comptent plus de trois cents CDDU !). De source syndicale, on craint bien « un plan social masqué par un virage éditorial. Ce choix est clairement dicté par la volonté de se défaire des CDDU. Au bout d’un moment, on sent bien que la vente de Sophia à SOS est en ligne de mire ». Sur la sellette, ce sont six chroniqueurs sur huit (à 22 euros la chronique !) qui sont visés, des laissés pour compte, dont on a signifié la fin de collaboration. Leur fin de contrat est fixée au 26 juin. D’ici là, les rendez-vous avec la direction des ressources humaines s’articulent autour des reclassements au sein de Radio France. Des propositions alternatives qui n’ont pas encore reçu de réponses. C’est pourtant son devoir.

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