Logement : la Fondation Abbé-Pierre alerte sur le surpeuplement

Dans son 23e rapport annuel, l'organisation insiste sur un phénomène souvent perçu comme secondaire dans les politiques publiques.

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Depuis le livre de Virginia Woolf, on pensait que « la chambre à soi » était acquise, la démocratisation de l'intimité ayant contribué à ancrer cette idée dans les mentalités. Pourtant, le rapport 2018 de la Fondation Abbé-Pierre (FAP) rendu public ce 31 janvier dénonce la résurgence du surpeuplement au sein du logement et estime à 9,5 millions le nombre de personnes touchées par ce phénomène. L'Insee définit la norme minimale d'un logement comme se composant d'une pièce à vivre et d'une chambre par couple ou adulte et enfant de moins de 15 ans. Une chambre partagée est possible pour les enfants de moins de 7 ans ou pour les plus grands s'ils sont du même sexe. S'il manque plus d'une pièce, on parle de « surpeuplement accentué ».

Un phénomène en hausse

Il s'agit d'un paradoxe qui saute aux yeux : alors que la superficie moyenne des logements augmentent (passant de 37,5 m2 en 2001 à 40,3 m2 en 2013), la FAP constate une augmentation de 11,5 % du surpeuplement depuis 2006, et un bond de 17,2 % pour le surpeuplement accentué. Le phénomène touche en grande majorité les populations situées en bas de l'échelle sociale. Leur situation s'explique par divers facteurs : une précarité des revenus, l'augmentation des prix dans l'immobilier ou des situations familiales complexes… Mais la FAP recense aussi 466 000 propriétaires parmi les personnes victimes du phénomène. Le surpeuplement est davantage visible dans les grandes agglomérations : 20,6 % des ménages en agglomération parisienne contre 2,1 % en zone rurale.

La vie de famille impactée

À travers de nombreux témoignages, la Fondation montre les conséquences de cette situation sur la vie quotidienne. Débarrasser la douche pour pouvoir se laver, ranger la table pour installer les lits… La question du stockage est une des premières préoccupations des personnes vivant en situation de surpeuplement : l'impossibilité de conserver des affaires à long terme restreint leur horizon.

Le rapport de la FAP évoque aussi le manque d'espace intime et l'isolement difficile, ce qui donne lieu à des tensions familiales et des difficultés pour travailler, aussi bien pour les adultes que pour les enfants. Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation, souligne que « de nombreuses études scientifiques montrent les effets délétères multiples du surpeuplement et de la privation d'intimité ». Une situation qui laisse des « cicatrices a vie », insiste le rapport.

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Pour une politique globale

Comment lutter contre ce phénomène qui va croissant ? La fondation Abbé-Pierre demande au gouvernement une politique globale visant à proposer des logements abordables. C'est dans ce but que ses dirigeants ont rencontré le 30 janvier le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard. Alors qu'elle avait salué le plan quinquennal pour le logement, l'organisation épingle « des orientations inquiétantes » dans la politique d'Emmanuel Macron comme la diminution des aides au logement (APL), la ponction des HLM et, surtout, la circulaire Collomb concernant l'hébergement d'urgence.

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« Il est encore temps de changer de cap », estime Manuel Domergue en insistant sur le sort des 4 millions de personnes qui sont mal logées en France.


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