« La sélection va à l’encontre du projet universitaire français »

Annliese Nef, enseignante-chercheuse en histoire médiévale à Paris I, expose toutes les raisons pour lesquelles, avec ses collègues, elle s’est engagée aux côtés des étudiants mobilisés contre les projets du gouvernement.

Alexandra Scappaticci  • 9 avril 2018 abonné·es
« La sélection va à l’encontre du projet universitaire français »
© Annliese Nef. Photo : Alexandra Scappaticci

Syndiquée au Snesup, Annliese Nef fait partie des membres du personnel de l’université mobilisés contre la loi « relative à l’orientation et la réussite des étudiants », dite loi ORE, et la plateforme Parcoursup. Réunis ce matin en assemblée générale, ils ont reconduit leur mouvement de grève, entamé vendredi dernier, jusqu’à jeudi prochain, et demandé la suspension des examens à venir.

La mobilisation des enseignants de Paris I, jusqu’alors plutôt discrète, est-elle en train de s’amplifier ?

Annliese Nef : Il est certain qu’elle s’amplifie depuis un mois, même si elle n’est pas aussi massive qu’en 2009, lors de la contestation de la loi LRU, relative aux libertés et responsabilités des universités, car une partie des personnels a le sentiment de ne pas avoir été écoutée alors. On peut toutefois analyser la chose autrement et estimer que nous ne nous sommes pas donné, en 2009, les moyens d’être écoutés. Il serait grand temps que nous le fassions car cette loi-ci risque bien d’être le dernier clou sur le cercueil de l’université française, telle qu’elle était définie depuis la fin du XIXe siècle, en dépit des réformes successives, et jusqu’aux années 2000. Ce processus est général en Europe et chaque pays voit disparaître les spécificités de son système universitaire et souvent les éléments qui en faisaient la qualité et l’intérêt (en dépit de ses défauts, nul système n’étant parfait bien entendu). Ceci tient à ce que ces réformes ne tiennent pas compte précisément des spécificités et qualités de chaque système.

Une partie de la faible mobilisation initiale concernant la loi ORE tenait à une méconnaissance de la réforme, qui avançait cachée, et à une fatigue des enseignants devant le peu de considération dont ils sont l’objet. Les personnels des universités ne sont pas très bien payés, ils travaillent beaucoup, dans des conditions de plus en plus difficiles, sans même évoquer l’énorme quantité de travailleurs précaires. De plus, l’université est toujours suspectée de ne pas être à la hauteur de sa tâche. Or il

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