SNCF : « C’est la grève de notre vie »

Les cheminots tentent de construire un mouvement pour durer, en suivant le programme de grève intermittente présenté par les syndicats. Reportage.

Erwan Manac'h  • 4 avril 2018
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SNCF : « C’est la grève de notre vie »
© Photo : E. Manac'h

Assemblées générales, tournées pour informer leurs collègues, préavis et caisse de grève… Le mouvement des cheminots cherche la vitesse de croisière qui doit lui permettre de maintenir un niveau élevé de mobilisation, sur la durée.

Ce midi, devant le bâtiment du « tirage » de la gare du Nord, environ quatre-vingts cheminots de plusieurs sites du nord de Paris débattaient des suites à donner aux deux premiers jours d’une grève intermittente décidée par l’interfédérale (CGT, CFDT, Unsa).

Grève intermittente ou reconductible ?

La petite assemblée regroupe les cheminots les plus motivés. Sans surprise, ils sont nombreux à pencher en faveur d’une grève reconductible. Plus simple à organiser, plus claire et plus dure à ignorer pour le gouvernement, selon eux. Une trentaine s’étaient d’ailleurs déjà déclarés grévistes pour ce jeudi, en se positionnant quarante-huit heures à l’avance, comme l’exige la loi sur le « service minimum », sur les préavis reconductibles déposés par Sud-Rail et FO localement (la CGT, la CFDT et l’Unsa ont déposé plusieurs préavis de deux jours dits « carrés » entrecoupés de trois jours travaillés).

« C’est la grève de notre vie. On ne peut pas se permettre de perdre », lance Karim, délégué Sud-Rail au technicentre du Landy, à la détermination débordante. Mais personne ne veut précipiter les choses. « Notre souci principal est de laisser les cheminots construire leur mouvement, que ce soit la base qui fasse le choix, ajoute le syndicaliste, sinon, nous allons droit au mur. »

L’heure est donc encore à enraciner le mouvement dans toutes les composantes de l’énorme famille qu’est la SNCF. « Nous sommes dans une phase de création du mouvement et d’organisation. Il y a plein de choses qui peuvent, tout d’un coup, faire basculer le mouvement dans une grève reconductible », juge Gauthier, conducteur sur les trains de banlieue depuis huit ans et syndiqué chez FO. Il estime notamment que le « SNCF Bashing » dont les cheminots s’estiment victimes, a contribué à « radicaliser » les positions :

Le décalage entre ce qu’on entend dans certains médias et la réalité a beaucoup joué dans la forte mobilisation. Quand tu te bats parce que tu aimes ton boulot, que tu veux le défendre, et que tu es traité de privilégié, c’est inacceptable.

« Mobiliser les collègues »

Les intervenants cherchent donc les meilleurs moyens de mobiliser les grévistes en les faisant venir aux assemblées générales, malgré les difficultés qu’ils rencontrent pour se rendre sur leur lieu de travail. L’enjeu est de faire vivre un mouvement qui doit durer. Et d’éviter une certaine monotonie, même si la mobilisation reste importante.

Sur le terrain politique et médiatique, la CGT a accepté ce mercredi de tenir un débat contradictoire avec la ministre sur l’avenir du rail, « dans le cadre d’un débat télévisé, projet contre projet », comme cela a été proposé mardi 3 avril sur BFM-TV.

Le taux de gréviste, dimanche prochain, devrait être annoncé à la baisse. Car les techniciens et personnels des bureaux, qui ne travaillent pas le dimanche, ne seront pas comptés parmi les grévistes. De quoi raviver une bataille des chiffres qui commence à poindre. Car c’est la direction qui tient la main et communique abondamment sur les chiffres de grève. Elle annonce ce mercredi une participation en légère baisse à 29,7 % de grévistes contre 33,9 % la veille. La mobilisation décroît aussi très légèrement chez les conducteurs (74 %, contre 77 % mardi), mais progresse chez les contrôleurs (77 % contre 69 %) et chez les aiguilleurs (46 % de grévistes contre 39 % mardi). Quand aux prévisions de trafic, elles sont restées quasiment inchangées entre mardi et mercredi : 1 Transilien et TER sur 5 et 1 TGV sur 7 ce mercredi contre 1 sur 8 mardi. Jeudi, le retour à la normale devrait prendre du temps.

Les cheminots se sont donc fixé rendez-vous lundi 9 avril, au second jour de la deuxième séquence de grève, pour une nouvelle assemblée générale et une manifestation en direction de l’Assemblée nationale, où s’ouvriront les discussions en séance plénière sur le projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire.

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