Parcoursup, l’école de la concurrence

La psychologue Christine Jarrige craint un renforcement des inégalités dans l’accès aux études supérieures et dénonce le démantèlement des services d’orientation.

Ingrid Merckx  • 18 septembre 2018 abonné·es
Parcoursup, l’école de la concurrence
photo : Une épreuve du bac en 2018. Les ennuis commencent juste après, au moment de s’inscrire en facu2026
© FREDERICK FLORIN/AFP

Psychologue de l’Éducation nationale (PsyEN, ex-conseillère d’orientation-psychologue) en Seine-Saint-Denis depuis près de trente ans et membre du Snes-FSU, Christine Jarrige alerte sur les risques qui pèsent sur l’orientation. Les réformes du bac, du lycée et de l’entrée à l’université modifient le système en profondeur et perturbent les choix des bacheliers et des étudiants. En arrière-plan, la « loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel » va déléguer les missions d’information sur les métiers aux régions, faisant exploser le réseau à visée éducative des Dronisep (1) au profit d’une employabilité rapide et locale. De quoi renforcer l’image de l’élève entrepreneur de lui-même sacrée par Parcoursup.

En faisant disparaître la hiérarchisation des vœux et en multipliant les algorithmes locaux, Parcoursup a-t-il rendu plus aléatoire l’orientation des bacheliers ?

Christine Jarrige : Il faut d’abord bien distinguer orientation, élaboration du projet et affectation. Parcoursup a ajouté à la formulation des vœux des élèves une démarche comprenant une « fiche avenir », un CV et une lettre de motivation. Ces documents pouvaient s’accompagner, comme pour la filière droit, d’un exemplaire d’autoévaluation ou de cours universitaires en ligne. Ce qui a pu en décourager un certain nombre. Plus décourageant encore : le nombre de places et de demandes par formation était affiché. Mais ces chiffres étaient biaisés : ils portaient sur l’année dernière. En outre, en droit en Île-de-France, par exemple, les élèves avaient l’obligation de demander l’ensemble des sites, soit 13 établissements. Ce qui a multiplié d’autant le nombre de vœux, lequel était donc bien supérieur au nombre total d’élèves !

Les élèves ont-ils eu l’impression de participer à une sorte de concours ?

C’est ce qu’a développé la sociologue Annabelle Allouch sous l’appellation _«

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Société Éducation
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