À l’école de la première chance

À Marseille, l’association École au présent se bat pour renverser les obstacles à la scolarisation des enfants vivant en squat ou en bidonville, enjeu majeur pour l’insertion des familles.

Patrick Piro  • 18 septembre 2019 abonné·es
À l’école de la première chance
© photos : Cristina visite l’école avec Rafaela, scolarisée pour la première fois.crédit : patrick Piro

Solina rayonne ! Ce matin, c’est jour de rendez-vous avec la directrice pour l’inscrire au cours préparatoire. C’est la première fois qu’elle va à l’école : sa mère n’a pas voulu la laisser à la maternelle, craignant la stigmatisation. Si elle parvient à s’exprimer dans un français très approximatif, la fillette le comprend avec peine. Nadia Grancea est roumaine, de culture rom (1), installée depuis un an dans le quartier de la Belle de mai, l’un des plus pauvres de Marseille, voire de France. La famille squatte une petite maison délabrée – une « chance », au vu des conditions sordides que connaissent nombre de ses compatriotes dans la ville.

Éclaircie encourageante dans un parcours de survie au quotidien : Nadia a engagé depuis quelques semaines un parcours de recherche d’emploi, soutenue par l’association Action méditerranéenne pour l’insertion sociale par le logement (Ampil). Alors il lui a fallu se résoudre à envisager le cours préparatoire pour Solina. Le père l’a poussée. « Il m’a dit : “Vas-y l’école !” »

Nadia va rapidement se rassurer : à l’école primaire Révolution, Régine Villaret est une professionnelle expérimentée dans l’accueil de ces enfants. « C’est la première directrice avec laquelle j’ai travaillé », glisse Jane Bouvier, fondatrice en 2012 de l’association École au présent.

Institutrice à l’époque, elle est effarée de constater l’état de précarité et de déscolarisation des enfants vivant en bidonville et en squat, des Roms pour la plupart. Les parents, qui souvent ne maîtrisent pas le français, ne savent pas comment aborder les institutions, où s’inscrire, quels documents fournir, etc. Et puis, à quoi bon, il faut mettre tout le monde à la tâche pour gagner quelques euros par jour.

Depuis, Jane Bouvier se consacre inlassablement à une tâche de médiatrice. Passerelle entre les habitants des bidonvilles et les administrations en tout genre, elle recense les enfants non scolarisés, prépare leur inscription, donne mille coups de main aux familles afin d’étayer leurs fragiles trajectoires scolaires, houspille quand elle retrouve des enfants dans la rue. « Pourquoi tu n’es pas à l’école, Sabi ? » Elle sillonne la ville, la plupart du temps dans les quartiers Nord, où se concentre la pauvreté de la ville, de

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Société
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