Les livreurs à vélo relèvent la tête

En France et ailleurs, les ubérisés commencent à s’organiser pour contrer les mauvaises conditions de travail imposées par les plateformes. Pour entrer dans la lutte sociale, ils partent de zéro.

Matthias Hardoy  • 25 septembre 2019 abonné·es
Les livreurs à vélo relèvent la tête
© photo : Des travailleurs de Deliveroo se rassemblent à Parisnle 7 août 2019.crédit : Bertrand GUAY/AFP

Le rendez-vous est donné à Saint-Ouen, à proximité d’un entrepôt Deliveroo où une action de protestation doit avoir lieu. Jean-Daniel Zamor, 24 ans, se définit comme un vétéran de la livraison à vélo. Cela fait deux ans et demi qu’il travaille pour les applications Uber Eats et Stuart, quand la plupart des livreurs ne tiennent pas plus de six mois. D’une voix calme et assurée, il explique les raisons de sa longévité. « D’abord, ça n’a jamais été mon job principal, toujours un complément de revenu. Au début, je faisais ça quatre soirs par semaine, soit quinze à vingt heures de travail. J’ai diminué mais je suis resté pour défendre les autres livreurs. »

À quoi ressemblent ces soirées de livraison ? « Je me connecte à l’appli, j’attends ensuite de longues minutes que l’algorithme me propose enfin une course, explique le jeune homme. Je n’ai que 15-20 secondes pour accepter ou non la livraison. Je me rends au restaurant indiqué, sans toujours savoir ce que cela va me rapporter. Je ne découvre l’adresse du client qu’une fois sur place. Pour être bien noté, il faut aller toujours plus vite. Alors que c’est interdit, certains prennent des scooters pour enchaîner plus rapidement les courses. »

Présentée au départ comme un moyen d’arrondir les fins de mois, la livraison à vélo est devenue l’activité principale de nombre de jeunes confrontés au chômage et à la précarité. Certains se mettent parfois en danger pour enquiller le plus de livraisons possible. Certains en ont même perdu la vie, tel Franck Page, livreur d’Uber Eats, mort écrasé par un camion à Bordeaux.

En

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Travail
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

Plan social à Aides : séropos et chemsexeurs sur le carreau
Enquête 10 février 2026 abonné·es

Plan social à Aides : séropos et chemsexeurs sur le carreau

Les négociations du plan de licenciement d’Aides, l’association de lutte contre le sida, sont terminées. 55 postes sont supprimés. En bout de chaîne, ce sont les usagers qui devraient en ressentir les conséquences, alors que séropositifs et/ou chemsexeurs peinent déjà à trouver un accompagnement.
Par Morgan Crochet
À Brest, les pêcheurs artisans dans le même bateau
Reportage 9 février 2026 abonné·es

À Brest, les pêcheurs artisans dans le même bateau

Le 6 février s’est déroulé dans la pointe du Finistère le premier Festival de la pêche artisanale, organisé par l’association Pleine Mer. L’occasion pour des travailleurs de la mer venus de toute la France de se réunir et de discuter de leurs problématiques, à l’heure où la pêche industrielle règne sur les étals de supermarchés.
Par Guy Pichard
Shein, Temu, ou l’invasion quoi qu’il en coûte du marché français
Analyse 3 février 2026 abonné·es

Shein, Temu, ou l’invasion quoi qu’il en coûte du marché français

Les géants de l’e-commerce chinois connaissent une croissance exorbitante en Europe et notamment dans l’Hexagone ces dernières années. Cela crée de nouvelles filières où rapidité et exploitation sont les maîtres mots.
Par Pierre Jequier-Zalc
« Mon pied est foutu » : un sans-papiers, victime d’un accident de travail chez Clear Express, témoigne
Témoignage 2 février 2026

« Mon pied est foutu » : un sans-papiers, victime d’un accident de travail chez Clear Express, témoigne

En 2024, Dieydi B.,  intérimaire pour Clear Express, se fait violemment percuter à la jambe par un chariot de manutention. Près de deux ans plus tard, il n’a toujours pas retrouvé l’usage normal de son pied. L’entreprise est poursuivie pour blessure involontaire ayant entraîné une incapacité totale de travail de plus de trois mois.
Par Pierre Jequier-Zalc