IVG : « Les femmes n’ont pas à payer le prix de la crise sanitaire ou économique »

Un amendement visant à prolonger le délai légal pour l’avortement, dans le cadre du projet de loi sur l’état d’urgence sanitaire, a été refusé par le gouvernement.

Chloé Dubois (collectif Focus)  • 21 mars 2020
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IVG : « Les femmes n’ont pas à payer le prix de la crise sanitaire ou économique »
© Photo : Alain Pitton / NurPhoto / AFP

Depuis plusieurs jours, les permanences téléphoniques du Planning familial ne chôment pas. « Les femmes qui découvrent leur grossesse n’ont qu’une crainte, celle de ne pas pouvoir exercer leur droit », témoigne Sarah Durocher, co-présidente nationale du Planning familial. À l’heure du confinement, celles qui souhaitent avorter se retrouvent confrontées à de nombreuses incertitudes. « La plupart d’entre elles ne savent pas ce qui est ouvert ou fermé, reprend Sarah Durocher. Nous essayons de diffuser l’information au maximum : oui, toutes celles qui en feront la demande pourront avoir accès à une interruption volontaire de grossesse (IVG). On veille au grain. » Mais les difficultés sont bien réelles.

« Certains établissements hospitaliers et certains centres de planification n’assurent plus leurs missions dans ce domaine, soit pour prioriser les soins aux personnes atteintes gravement par le coronavirus – avec la fermeture des créneaux de bloc opératoire pour les IVG instrumentales –, soit par manque de matériel de protection pour le personnel d’accueil et soignant », alerte le collectif « Avortement : les femmes décident » dans un communiqué publié vendredi 20 mars. Puisque « les femmes n’ont pas à payer le prix de la crise sanitaire ou économique », le collectif appelle l’État à prendre des mesures urgentes, car « les IVG ne peuvent attendre ».

Mais pour le gouvernement, il est hors de question de revenir sur les délais légaux. Dans le cadre de l’examen du projet du loi sur la création d’un « état d’urgence sanitaire », discuté jeudi 19 mars au Sénat, Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise (PS), s’est inquiétée au sein de l’hémicycle des difficultés d’accès à l’IVG. L’ancienne ministre des Droits des femmes avait déposé un amendement visant à rallonger, en ces circonstances exceptionnelles, le délai de l’IVG de deux semaines et de supprimer la deuxième consultation exigée pour les mineures. « Des services d’orthogénie constatent que des restrictions de circulation à l’intérieur et à l’extérieur du territoire français, combinés aux bouleversements de l’activité hospitalière, fragilisent les conditions d’accès à l’IVG et renforcent les inégalités des territoires », pouvait-on lire dans l’exposé des motifs. Mais les ministres de la Santé, Olivier Véran, et du Travail, Muriel Pénicaud, n’ont pas tardé à rejeter l’amendement.

Rendez-vous décalés et frontières fermées

« Nous sommes particulièrement préoccupées pour les femmes qui ont déjà dépassé le délai français, continue Sarah Durocher. Pour elles, il n’est désormais plus possible de passer les frontières pour tenter d’avorter dans un pays voisin. » Selon la responsable, certaines d’entre elles ont réussi, après plusieurs tentatives, à passer entre les mailles du filet. Mais ces situations ne sont évidemment pas souhaitables pour ces femmes, obligées de se justifier sur l’urgence et la nécessité de passer les frontières. Chaque année, des milliers se rendent à l’étranger pour avorter, principalement en Espagne ou aux Pays-Bas – le délai légal y étant plus étendu qu’en France (douze semaines).

« Pour le moment, il y a eu beaucoup de rendez-vous décalés, affirme Sarah Durocher. Nous le comprenons complètement. Mais si les retards de prises en charges s’accumulent, de plus en plus de femmes seront hors délai. Et nous ne sommes qu’au début du confinement… » Une problématique qui s’ajoute à l’engorgement déjà existant dans les centres de santé de certaines régions. « Il existe de nombreuses disparités sur le territoire en matière d’accès à l’avortement, dénonce encore Sarah Durocher. De fait, le confinement ne fait qu’exacerber une situation déjà tendue. » En ces circonstances, le Planning familial se dit particulièrement attentif à toute situation qui pourrait conduire à la mise en danger des femmes qui souhaitent pratiquer un avortement :

Sur le long terme, l’amendement proposé par Laurence Rossignol aurait pu être une solution et un moyen aussi de ne pas être dans l’urgence pour ces femmes proches du délai légal. Nous avons d’ailleurs interpellé le ministre de la Santé et la secrétaire d’État à l’Égalité des femmes et des hommes sur le fait que l’avortement était un soin d’urgence.

Contacté par les journalistes du service CheckNews de Libération , la direction générale de la Santé a assuré, vendredi, que la continuité « des soins urgents, dont l’IVG, restent assurées pendant la crise. Des mesures de protections sanitaires identiques au reste des établissements de santé doivent être prises par les centres devant prendre en charge des patientes. Les démarches et conditions d’accès restent identiques à celles avant la crise. »

Dans cette situation, Sarah Durocher constate que les obstétricien·nes et les gynécologues « sont très à l’écoute de ces problématiques » et font en sorte de privilégier l’interruption médicamenteuse de grossesse (IMG) que l’on peut faire à la maison. Du côté du Planning familial, dont certains centres de planifications sont actuellement fermés, des permanences téléphoniques sont organisées pour pratiquer des consultations à distances. Le numéro vert national « Sexualité, contraception, IVG », est également opérationnel (0 800 08 11 11).

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