Pascale, psychologue scolaire : «Souvent, nous n’avons pas le temps pour les enfants qui sont “juste” en souffrance»

Récit d’une rentrée pas comme les autres, par celles et ceux qui en ont la charge. Pascale, psychologue scolaire du réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) dans l’Essonne (91), nous raconte le déroulement de cette semaine particulière. Témoignage (2/6)

Partager :
Pascale, psychologue scolaire : «Souvent, nous n’avons pas le temps pour les enfants qui sont “juste” en souffrance»
© Photo : ALAIN PITTON / NURPHOTO VIA AFP

Dans le cadre du retour progressif des élèves à l’école, la communication du gouvernement a largement reposé sur la nécessité d’un accompagnement social et psychologique des enfants. Un regain de considération qui interroge les professionnel·les, comme Pascale (1), qui dénoncent régulièrement les manques et les restrictions budgétaires : « Je travaille dans une circonscription où il existe de nombreuses problématiques sociales et familiales. Mais pour dire les choses clairement, s’il n’y a pas de dossier MDPH (2) à constituer, nous n’avons souvent pas le temps d’accompagner les enfants qui sont “juste” en souffrance. »

« Les objectifs fixés » sont-ils vraiment « remplis » comme l’affirme Jean-Michel Blanquer ? Selon lui, 1,4 million de jeunes élèves sont retournés à l'école et près de 4 000 collèges, en « zone verte », ont rouverts leurs portes (3). Des chiffres contrastés par la fermeture de plusieurs dizaines d'établissements suite à la découverte de cas porteurs du virus, et l'amer constat des personnels pédagogique : ce ne sont pas les élèves les plus en difficulté sociale et scolaire qui reviennent.

Regrettant cet état de fait, Pascale souhaite profiter de la période pour réaliser des ateliers de médiation dans les classes, et pas seulement pour les élèves identifiés comme « fragiles ». « C’est quelque chose que j’avais déjà envisagé hors crise sanitaire, mais comme nous manquons de personnels, je n’ai jamais eu le temps. »

Ce manque d’effectif, « qui concerne globalement tous les personnels du Rased – psychologues et enseignant·es spécialisé·es –, se ressent particulièrement sur des territoires comme le mien, où les services publics se raréfient. Pour bien accompagner les élèves et leurs familles, il faut mettre davantage de moyens à l’école, c’est sûr, mais aussi dans les structures spécialisées type centre médico-psycho-pédagogique [CMPP] ou institut médico-éducatif [IME]. Car tant que nous serons sur une logique néolibérale, avec un gouvernement qui préfère répondre aux besoins du patronat plutôt que de miser sur les services publics, toutes nos initiatives seront dérisoires ».

En cette première semaine de « rentrée », Pascale a également recueilli les angoisses des équipes enseignantes, qui s’inquiètent surtout des moyens à disposition pour appliquer le protocole sanitaire. La réouverture de l’un des établissements, malgré une suspicion de contamination, a également éprouvé les professionnels. « Les enseignants n’allaient visiblement pas bien, se posaient énormément de questions et avaient l’impression de devoir mentir aux parents. En ces circonstances, l’accueil des élèves me questionne, moi aussi. La hiérarchie nous demande de travailler en soutien des équipes enseignantes, mais là, j’ai la sensation que nous sommes une sorte de caution en cas de malaise ou de remise en question. »


(1) Le prénom a été changé.

(2) Maison départementale des personnes handicapées.

(3) Si Blanquer assure que 90% des établissements du premier degré ont rouvert, une enquête du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire du premier degré, évoque une réouverture de 70% d’entre eux.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Festival de La Ciotat : pourquoi la nomination du successeur de Gérard Darmon continue de poser problème
Cinéma 22 mai 2026

Festival de La Ciotat : pourquoi la nomination du successeur de Gérard Darmon continue de poser problème

Si l’acteur a décidé de se retirer de la présidence du jury du festival, il a été remplacé par le réalisateur Jean-Pierre Améris, dont le dernier long-métrage a été jalonné par des accusations de « remarques humiliantes » de l’acteur sur une technicienne.
Par Hugo Boursier
Data centers : à qui profite vraiment la « souveraineté numérique » ?
Analyse 22 mai 2026 abonné·es

Data centers : à qui profite vraiment la « souveraineté numérique » ?

Brandi comme un étendard par le gouvernement et les géants du numérique, le concept consensuel de « souveraineté numérique » masque une réalité moins flatteuse : l’emprise de la Big Tech américaine et des fonds étrangers sur le numérique français et européen.
Par Thomas Lefèvre
Coallia maltraite des résidents du centre d’hébergement d’urgence GL Event Center à Paris
Sans-papiers 21 mai 2026 abonné·es

Coallia maltraite des résidents du centre d’hébergement d’urgence GL Event Center à Paris

Depuis l’annonce par la préfecture de région de la fermeture du plus grand centre d’hébergement d’urgence francilien, son opérateur tente de le vider par tous les moyens. Les résidents témoignent de harcèlement et de maltraitances qui durent depuis plusieurs semaines.
Par Martin Eteve
« Faisons de cette primaire un référendum pour l’union de la gauche »
Entretien 21 mai 2026

« Faisons de cette primaire un référendum pour l’union de la gauche »

Benjamin Lucas-Lundy, le coordinateur national de Génération.s, se présente à la primaire des unitaires. S’il remporte le vote, il tentera de s’entendre avec Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Raphaël Glucksmann et tous ceux qui font cavalier seul.
Par Lucas Sarafian