Et tout à coup, Valls a varié

De la difficulté à changer son point de vue sans passer pour un opportuniste visqueux.

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Sauf exceptions – je pense ici à M. Blanquer (Jean-Michel), parmi quelques autres –, l’être humain reste, somme toute, rarement figé, tout au long de son existence, sans modifier, fût-ce dans leurs marges, quelques-uns de ses avis sur la vie. Et bien sûr, c’est à droite que ces amendements sont le plus spectaculaires – car c’est là, aussi, que sont, historiquement (et par tradition), les plus coriaces résistances au changement.

Le cas de Manuel Valls, qui fut jadis Premier ministre de ce côté-ci des Pyrénées – puis rien de l’autre, en dépit d’un fiévreux effort politicien qui l’aura notamment conduit à défiler contre l’indépendantisme catalan dans la même manifestation que l’extrême droite castillane –, est, de ce point de vue, fort intéressant, car il témoigne aussi de la difficulté qu’il y a à changer son point de vue sans passer immédiatement pour un opportuniste visqueux.

Dans l’époque où il exerçait en France des fonctions électives, puis, sous Hollande, ministérielles – à l’Intérieur, puis à Matignon –, il arrivait en effet que ce rugueux « socialiste » professe des opinions où l’égalitarisme et le souci d’autrui n’entraient qu’en assez petite proportion.

On le vit ainsi, au fil des ans, déplorer qu’un marché de la ville francilienne dont il était le maire, sur lequel il avait semble-t-il croisé plus de chaland·es noir·es de peau qu’il ne pouvait ce jour-là le supporter sans s’irriter, manquât de « quelques Blancs, quelques whites, quelques blancos »…

Puis professer que « les Roms » d’en France avaient « vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie »… Puis douter de la compatibilité de l’islam avec la République… Puis théoriser que l’élection de Donald J. Trump à la présidence des États-Unis d’Amérique était l’expression d’un double « besoin » de « frontières » et de « réguler l’immigration »… Puis fustiger celles et ceux qui s’offusquaient de ce qu’il appelait, quant à lui, dans la fin de son mandat de Premier ministre, de « soi-disant violences policières »… (Puis déclarer encore, longtemps après qu’il avait quitté Matignon, que la France n’avait « pas besoin d’une nouvelle immigration », et qu’il fallait par conséquent se montrer « beaucoup plus ferme » sur « le contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne et avec le retour au pays d’origine des déboutés du droit d’asile ».)

Mais, le 2 juin dernier, le même Valls a twitté, après le meurtre de George Floyd par un policier blanc de Minneapolis (Minnesota, États-Unis), que cette « mort », mais aussi « les violences policières, le racisme » et « le discours de Trump » lui étaient absolument « insupportables », et qu’il convenait de « combattre partout le racisme ».

En peu d’années, ce râpeux caractère semble donc s’être assoupli et rendu à plus de sensibilité – ou à tout le moins, dans le moment où il tente paraît-il un retour en politique hexagonale, à plus d’ostentatoire sensiblerie.


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