Portrait de flic : Olivier, la trentaine, dans une BAC d’Île-de-France

« Si on est de bonne foi, on doit reconnaître qu’un policier travaille en partie au faciès. »

Oriane Mollaret  • 20 juillet 2020
Partager :
Portrait de flic : Olivier, la trentaine, dans une BAC d’Île-de-France
© FREDERICK FLORIN / AFP

Une fois son bac en poche, Olivier entre immédiatement dans la police, avec une idée bien précise : devenir motard pour escorter les véhicules de dons d’organes. « J’avais en tête ce policier qui slalome pour aider les personnes malades, se souvient-il en riant. Puis je me suis rendu compte que c’était surtout du code de la route… » Olivier intègre finalement police-secours de nuit, en banlieue parisienne, puis une BAC départementale.

En mission dans certains quartiers, le jeune policier a du mal à encaisser les insultes et les jets de cailloux. « J’avais jamais vu une cité avant d’arriver à Paris, explique-t-il. Entre ce qu’on imagine et ce qu’on constate dans le quartier, il y a une vraie différence. Dans les quartiers difficiles, on ne veut pas nous voir. »

Pour autant, le baqueux n’a pas renoncé à aider, à sa manière. « Je vais là où les gens ont le plus besoin de moi. Plutôt dans les cités que dans les quartiers riches qui dorment. Je vais patrouiller, chercher le délit, j’ai surpris un viol une fois… À Neuilly, c’est moins une délinquance de voie publique, donc plus difficile à interpeller en flagrant délit. »

Un silence, puis le policier ajoute avec franchise :

« Si on est de bonne foi, on doit reconnaître qu’un policier travaille en partie au faciès. »

« S’il y a deux véhicules dont l’un est conduit par un Blanc et l’autre par un Arabe, c’est inconscient, mais mon cerveau va plus faire le lien entre le délit et le conducteur arabe. Mais le Blanc qui fait le con avec sa caisse sera contrôlé aussi, on n’est pas une police idéologique, sinon je la fuirais. »

> Lire aussi : Sous le casque d’un flic

Aujourd’hui, Olivier est en colère. Fin juin, le baqueux était présent aux côtés de ses collègues devant le Bataclan pour protester contre la suppression de la clé d’étranglement et plus généralement contre l’attitude de leur ministre. « C’est des calculs politiques, affirme-t-il. La police a été manipulée et dénigrée. »

Pour lui, le problème vient d’en haut : « L’immense majorité des policiers fait bien son travail, mais plus on monte dans la hiérarchie, plus l’intérêt individuel supplante l’intérêt collectif. La haute hiérarchie, c’est “ma gueule” avant l’intérêt commun. Je ne pensais pas avoir une si grosse désillusion. Je suis arrivé avec beaucoup d’entrain, d’idéaux et de convictions qui disparaissent petit à petit. »

> lire : Hiérarchie policière : la racine du mal ?

*Le prénom a été changé.

Société Police / Justice
Publié dans le dossier
Où va la police ?
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À Nanterre, dans la cité Pablo Picasso, des habitants montent au front contre leur bailleur
Reportage 13 mars 2026 abonné·es

À Nanterre, dans la cité Pablo Picasso, des habitants montent au front contre leur bailleur

La tour 19 de la célèbre cité, comptant 38 étages et près de 180 logements, est privée de certains de ses ascenseurs depuis plusieurs mois. Une problématique qui s’ajoute à une insalubrité de plus en plus criante. Les habitants se mobilisent contre le bailleur, Nanterre Coop Habitat.
Par Pierre Jequier-Zalc
« La vraie opposition, c’est les puissants contre les précaires, pas les Calaisiens contre les exilés »
Entretien 13 mars 2026

« La vraie opposition, c’est les puissants contre les précaires, pas les Calaisiens contre les exilés »

Face à la maire Natacha Bouchart et à la poussée de l’extrême droite, la liste « Calais à gauche toute » veut rompre avec la politique d’hostilité menée contre les personnes exilées. Juliette Delaplace, figure associative et numéro deux de la liste, détaille comment une municipalité peut résister à la militarisation de la frontière.
Par Pauline Migevant
Familya, l’association pro-Stérin qui menace le Planning familial
Enquête 12 mars 2026 abonné·es

Familya, l’association pro-Stérin qui menace le Planning familial

Avec ses cadres issus de la sphère réactionnaire et ses financements catholiques anti-IVG, dont le Fonds du bien commun du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, Familya profite des caisses exsangues du Planning familial et de la négligence des pouvoirs publics pour asseoir sa vision conservatrice de la famille.
Par Chloé Bergeret
Associations : l’enjeu oublié des municipales
Enquête 11 mars 2026 abonné·es

Associations : l’enjeu oublié des municipales

Partout en France, des maires se portent au chevet des associations, dont le rôle de lien social est essentiel dans les villes et quartiers populaires. Mais compenser le désengagement de l’État leur est souvent impossible.
Par Lucas Sarafian