Palestine :  une guerre, trois fronts

Ceux qui à Jérusalem, à Washington et à Paris ferment toute issue au conflit jouent les apprentis sorciers.

Denis Sieffert  • 21 septembre 2022 abonné·es
Palestine :  une guerre, trois fronts
Des combattants palestiniens accompagnent le cortège funéraire de trois Palestiniens tués par les forces israéliennes à Jénine, le 17 juin 2022.
© Photo : JAAFAR ASHTIYEH / AFP.

Le conflit israélo-palestinien s’est-il éteint de lui-même ? Le sujet, qui a occupé la une de la presse pendant plusieurs décennies, n’apparaît plus aujourd’hui que sporadiquement. Une offensive israélienne sur Gaza, comme au mois d’août, une flambée de violence sur l’esplanade des Mosquées de Jérusalem, l’attaque meurtrière contre trois Israéliens à Elad, en mai, la mort d’une journaliste d’Al-Jazira, Shireen Abu Akleh, tuée le 11 mai par l’armée israélienne, ou encore les provocations du député fasciste Itamar Ben-Gvir font ressurgir la Palestine dans l’actualité, après et avant de longs mois de silence. Mais ces épisodes semblent n’avoir aucun lien entre eux, détachés de l’origine coloniale du conflit.

On a longtemps parlé de la « centralité » du conflit israélo-palestinien en raison de l’onde de choc qu’il propageait dans tout le monde arabe et dans nos sociétés occidentales. Est-il devenu marginal ? Oui. Mais en apparence seulement. À cela, plusieurs raisons. Il est ce que l’on appelle un conflit de basse intensité. La guerre civile en Syrie et aujourd’hui l’invasion russe en Ukraine occupent évidemment le devant de l’actualité. L’axe géopolitique de la conflictualité régionale s’est déplacé en Iran et en Arabie saoudite. 

La colonisation a fragmenté ce qui aurait pu être le territoire souverain d’un État. Et aucune autre solution ne semble émerger.

Mais il existe aussi des raisons endogènes à cette relégation. Beaucoup d’observateurs, et même de militants, ont le sentiment d’une impasse. Plus personne ne croit à la solution à deux États. C’était pourtant la doxa internationale depuis la fameuse résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies de novembre 1967. La colonisation a fragmenté ce qui aurait pu être le territoire souverain d’un État. Et aucune autre solution ne semble émerger.

Il ne se passerait donc plus rien en Cisjordanie occupée. Rien en tout cas qui modifie les données fondamentales du problème. La réalité est tout autre. Le feu couve, annonçant de nouvelles explosions. Les gouvernements israéliens de droite et de droite extrême ont mis en place une stratégie de pourrissement qui produit de la frustration bien au-delà de la Palestine. La guerre aux Palestiniens se mène sur trois fronts : intérieur, géopolitique et au sein des sociétés occidentales où les mouvements de solidarité sont réprimés. La France, étant, dans cet exercice, un cas extrême.

La violence des colons

À l’intérieur, la colonisation continue de galoper, de moins en moins administrative et de plus en plus violente. Selon l’ONG israélienne B’Tselem, on compte aujourd’hui 662 000 colons juifs en Cisjordanie, dont 220 000 à Jérusalem-Est. Soit 13,8 % de la

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