À Saint-Denis, mobilisation contre l’expulsion d’une lycéenne

Plusieurs dizaines de camarades, professeurs et parents d’élèves se sont réunis pour accompagner la lycéenne Ouahiba M’Bark, qui risque d’être renvoyée au Maroc à tout moment, à son « marrainage républicain ».

Hugo Boursier  • 10 février 2023
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À Saint-Denis, mobilisation contre l’expulsion d’une lycéenne
© Hugo Boursier

Dans la salle de mariage de la mairie de Saint-Denis (93), il n’y avait ni robe blanche ni tenue de fête, mais une lycéenne, menacée d’expulsion, accompagnée de ses nombreux camarades, professeurs et parents d’élèves. Tous sont venus pour une cérémonie un peu spéciale : le « marrainage républicain » de Ouahiba M’Barki, scolarisée au lycée Paul Éluard. Un événement symbolique, alors que la jeune femme risque d’être renvoyée au Maroc à tout moment. 

Depuis le 26 janvier 2022, l’élève de terminale est sous le coup d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français), suite à une deuxième demande pour obtenir un titre de séjour. Son premier dossier avait été classé, en avril 2021, suite à un manque de documents. Son appel a été refusé par le tribunal administratif de Cergy, le 30 novembre 2022. « Une fois de plus, c’est le choc », nous dit-elle dans sa lettre adressée au préfet du Val d’Oise

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Ce vendredi, l’élue à la ville, Sofia Boutrih, est donc officiellement devenue la marraine de Ouahiba M’Barki, qui peut, à chaque instant, être renvoyée au Maroc, son pays d’origine. Bien entourée par l’équipe pédagogique, le conseil des délégués pour la vie lycéenne et RESF, la jeune femme tente de ne pas perdre espoir. « Ce n’est pas le moment de relâcher », dit-elle. 

« C’est de la discrimination, tout simplement »

Au lycée, plusieurs camarades sont choqués de constater cette « terrible injustice, qui pèse sur elle au quotidien ». Anastasia, dont le prénom a été changé à sa demande, partage certains cours avec Ouahiba. « Tout le monde a le droit à l’éducation. Qu’on ait des papiers ou non ne justifie rien », lance-t-elle, devant des Dionysiens qui, le long des trottoirs, applaudissent la jeune foule motivée. 

« On est des élèves. On est des mineurs. On a des ambitions. On doit pouvoir avoir le droit, en France, dans un pays démocratique et libre, de pouvoir accéder à l’éducation, et y accéder sans contrainte ! », insiste-t-elle. 

Tout le monde a le droit à l’éducation. Qu’on ait des papiers ou non ne justifie rien.

Derrière la lycéenne, Laetitia, professeure de français, essaie de garder confiance. « Il faut continuer les démarches et la soutenir coûte que coûte ». Dans ce lycée de 2 000 élèves, les professeurs et les CPE « gèrent souvent des choses qui les dépassent », alors qu’une assistante sociale vient tout juste d’arriver. 

(Photo : Hugo Boursier.)

« Il faut faire résonner son cas qui illustre celui d’autres élèves dans le lycée », rappelle-t-elle, en précisant qu’une cellule de RESF se trouve au sein de l’établissement, mais que certains élèves n’osent pas toujours franchir le pas. Plus d’une dizaine d’élèves sans-papiers y seraient scolarisés. 

 Il faut faire résonner son cas qui illustre celui d’autres élèves dans le lycée.

Alors qu’une maman d’élève saisit le mégaphone pour haranguer les jeunes, rassemblés devant la mairie autour de Ouahiba, de nombreux élèves se sentent concernés. Les parents de Céline, en terminale elle aussi, sont sans-papiers. « Mais ça ne les définit pas. Ça me choque qu’on puisse vouloir expulser Ouahiba comme ça. On est tous pareils, on doit tous avoir les mêmes droits », déplore-t-elle. 

(Photos : Hugo Boursier.)

Léa, elle, pense à son père d’origine portugaise. Elle constate la différence de traitement avec les personnes qui ne sont pas d’origine européenne. « C’est de la discrimination, tout simplement. C’est pas un cas isolé et ça ne le sera jamais. C’est pour ça qu’il faut faire quelque chose »

Attendu à la cérémonie, le député communiste, Stéphane Peu, a été retenu à l’Assemblée pour les débats sur la réforme des retraites. L’an dernier, il était déjà intervenu au profit de Ouahiba. Dans une lettre adressée à l’élève, que nous avons pu consulter, il s’engage à se rendre disponible à nouveau pour s’entretenir avec elle et « convenir ensemble de quelle manière [il pourrait] être le plus efficace pour obtenir un dénouement heureux ».

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