Conseils de lecture à nos ministres

Trois livres qui décryptent la réalité des territoires français, qui parlent de radicalité saine et d’histoires des luttes. Autant de ressources qui éviteraient à certains ministres des déclarations aussi navrantes que dangereuses. 

Vanina Delmas  • 3 mai 2023 abonné·es
Conseils de lecture à nos ministres
Les affiches « Savoir désobéir » ont permis de résister à l’entrisme de l’extrême droite à la fac de Lyon-III.
© ERIC CABANIS / AFP.

Pour une écologie pirate. Et nous serons libres. Fatima Ouassak, La Découverte, 198 pages, 17 euros.

Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique, devrait ouvrir le dernier livre de Fatima Ouassak, Pour une écologie pirate. Cela lui aurait (peut-être) évité de dire devant l’Assemblée nationale, le 11 avril dernier, que « le réchauffement climatique n’est pas une réalité politique, mais naturelle ! » Dans son essai aussi percutant que revigorant, Fatima Ouassak nous embarque dans la construction d’un projet politique écologiste, antiraciste et internationaliste à partir du vécu et du regard des quartiers populaires.

Par des exemples concrets, elle démontre que « les choix politiques conduisent à une vulnérabilité différenciée des terres et des corps ». Pour preuve : les habitant·es les plus pauvres ont trois fois plus de risques de mourir d’un pic de pollution en région parisienne que les plus riches. Pour résumer : les quartiers populaires étouffent à cause de la pollution de l’air, des murs et du béton à perte de vue, de la présence policière à chaque coin de rue.

L’imaginaire de la piraterie, notamment issu du manga One Piece, irrigue tout son texte pour essayer d’assouvir la soif de liberté de celles et ceux qu’elle qualifie de « sans-terre ». Une réalité territoriale qui annihile le pouvoir d’agir d’hommes et de femmes, et qui est totalement exclue du projet écologique majoritaire, « parfaitement compatible avec le système colonial-capitaliste ».

Des critiques sévères mais pertinentes, s’adressant au mouvement climat et aux politiques, y compris de gauche, tellement frileux quand il s’agit de décentrer son regard pour créer des alliances véritables. Pour la politologue, la liberté de circulation doit être le cœur d’une écologie vraiment libératrice pour toutes et tous, la Méditerranée et l’Afrique, ses poumons. Une ligne radicale mais nécessaire pour ouvrir des horizons de luttes solides et faire face à l’extrême droite, qui pourrait

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