On a testé pour vous le Centaure, le nouveau blindé de la gendarmerie

Lors d’une journée de présentation à la presse, la force armée a présenté le Centaure, nouvel engin blindé, polyvalent, équipé et armé jusqu’aux dents. Dans une démonstration maîtrisée, l’administration a vanté les mérites de ce programme à 70 millions d’euros. On met sa ceinture et c’est parti.

Maxime Sirvins  • 20 octobre 2023
Partager :
On a testé pour vous le Centaure, le nouveau blindé de la gendarmerie
© Maxime Sirvins

Une rafale de vent fait tomber un kakémono au sol. « Vous noterez que le Centaure n’a pas bougé », s’exclame un homme. Derrière cette créature mythologique, symbole de l’alliance « de la force et de la sagesse », se cache un véhicule blindé imposant de plus de 14 tonnes. Il s’agit du nouveau fer de lance de la gendarmerie nationale. Jeudi 19 octobre 2023, il était présenté à la presse, en compagnie de nombreux officiers de communication, sur le terrain du groupement blindé de la gendarmerie mobile, GBGM, situé à Versailles.

70 millions d’euros

Massif, d’un bleu profond, le Centaure ne laisse pas indifférent. Il impressionne et c’est là un des buts recherchés. C’est à l’occasion du Plan de relance – lancé dès le début de la crise du covid – que 90 blindés sont commandés en 2021, pour une somme de 56 millions d’euros. Le programme complet grimpe à 70 millions d’euros. Alors que les premiers modèles ont été livrés début 2022, la première utilisation n’a eu lieu qu’en fin juin 2023, lors des violences qui ont suivi la mort du jeune Nahel. Ce laps de temps s’explique par plusieurs raisons.

En premier lieu, la gendarmerie finalise le véhicule et des changements ont encore lieu actuellement. Ensuite, il faut former les équipages. Pour cela, la gendarmerie a acheté trois postes de simulation de conduite. Une première. Montant de l’opération : 549 660 euros. La livraison complète des blindés sera finalisée pour 2025. Un tiers des blindés seront situés au GBGM pour opérer en Île-de-France, un autre tiers sera implanté en métropole (pour être déployé en moins de cinq heures), et le dernier tiers sera envoyé en outremer.

(Toutes photos : Maxime Sirvins.)

L’objectif principal du changement est simple. Remplacer les vieux véhicules blindés à roues de la Gendarmerie, VBRG, utilisés pour la première fois dans les années 70 dans les premières mobilisations antinucléaires. Mais, d’après la maréchaussée, le Centaure n’est pas qu’une simple modernisation. Alors que les VBRG étaient principalement utilisés en maintien de l’ordre, violences urbaines et dégagement de routes, le Centaure se veut avant tout polyvalent. Une volonté qui s’observe même dans les différents acronymes donnés au Centaure depuis sa commande. D’abord VBMO pour véhicule blindé de maintien de l’ordre, il deviendra le véhicule blindé polyvalent, VBP, pour finalement prendre le nom de véhicule d’intervention polyvalent de la gendarmerie, VIPG. Au milieu de ces acronymes sans fin, le terme Centaure prévaut. Il en est même le logo officiel.

« Soyons calmes »

Pour les gendarmes qui le présentent, c’est une grande fierté. La colonelle Marie-Laure Pezant, porte-parole de la gendarmerie, explique que le véhicule est « adapté à différents terrains. » Elle précise qu’il peut être utilisé dans diverses situations, notamment pour « rechercher un individu armé, intervenir lors de catastrophes naturelles, gérer de graves troubles à l’ordre public, intervenir en cas d’incidents industriels, participer à des opérations extérieures ou faire face à des menaces sur les institutions ».

Lors de sa présentation, la quinzaine de journalistes monte dans trois blindés en file indienne. Le conducteur monte à son tour. Dans la portière est glissé un constat amiable en cas d’accident sur lequel est écrit « Soyons calmes ». Le moteur démarre. « Tout le monde est attaché ? », demande le pilote. À côté de lui, une peluche de cigogne pendouille. Elle a été offerte à la livraison par le constructeur Soframe, basé en Alsace. C’est parti pour quelques minutes de trajets au centre d’entraînement, le même utilisé par le GIGN.

À l’intérieur, la climatisation tourne et il y fait presque froid. « Cela permet aussi de garder une pression positive pour intervenir en cas de catastrophes nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques (NRBC) », explique Christophe Daniel, le général qui commande le GBGM. Maniabilité, percussion de voitures pour dégager la route, la polyvalence est mise en avant par les gendarmes. Lors de la simulation, un poids lourd est même tracté pour présenter « la capacité du blindé à intervenir en toutes situations comme lors de verglas ». Le modèle utilisé pour la formation et pour la présentation a déjà sa lame avant, montée sur des vérins pneumatiques, complètement rayée par les chocs. En la regardant, un officier lâche en rigolant : « Ça n’a servi à rien de la peindre en fait. »

Polyvalence armée

Pourtant, son équipement impressionne pour d’autres raisons. Dès juillet 2022, Politis le présentait en exclusivité. Caméra d’une portée de 9 km de jour comme de nuit, micros à détections de tirs, lance-grenades 30 coups et mitrailleuses prennent place sur le toit du véhicule. Mais pour la gendarmerie, son rôle est avant tout « défensif ». « Il est là pour protéger les forces de l’ordre, mais aussi les citoyens », explique la porte-parole de la gendarmerie.

Sur le même sujet : Maintien de l’ordre : des mitrailleuses sur 90 blindés commandés par la gendarmerie

Pour rassurer et montrer patte blanche, la mitrailleuse est bâchée, non armée et son canon est même retiré pour la rendre inopérable, lors des missions ou elle n’est pas nécessaire, comme en maintien de l’ordre. Un point sur lequel la gendarmerie insiste. Le lance-grenades, lui, restera. Quand on demande si les grenades utilisées seront les mêmes que celles que l’on retrouve déjà en manifestation, on nous répond que « c’est encore à l’étude. » Même son de cloche pour la substance lacrymale qui pourra être pulvérisée via des diffuseurs disposés autour du blindé.

Une transparence contrôlée

Lors de cette journée, la gendarmerie fait le choix d’une transparence totale. La porte-parole parle même de « redevabilité ». Il est possible de filmer et de photographier les moindres détails du véhicule sans avoir à demander, ni même faire valider les images. Les instructeurs se prêtent facilement au jeu et répondent à toutes les questions, techniques ou pas, sensibles ou pas. Sur ce coup, l’ouverture de la gendarmerie à différents médias, aux lignes éditoriales diverses (du Figaro à Politis !) montre une réelle volonté de communication, tout en gardant un langage institutionnel contrôlé.

En fin de journée, un « rafraîchissement » est organisé. Thé, café et petits gâteaux. Les officiers discutent avec légèreté et répondent à toutes les questions. Certains se livrent même sur leurs expériences passées en maintien de l’ordre, comme à Sainte-Soline, où Serge S. avait été victime d’un très grave traumatisme crânien après un tir de grenade dans la tête. Des opérations qui seront bien plus simples dorénavant avec ces 14,5 tonnes de ferraille et un équipement dernier cri. « Soyons calmes. »

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Mort d’Olivio Gomes : une semaine de procès et une peine historique de 10 ans de prison pour le policier
Justice 27 mars 2026 abonné·es

Mort d’Olivio Gomes : une semaine de procès et une peine historique de 10 ans de prison pour le policier

Après la mort du jeune homme en 2020, le policier de la BAC parisienne auteur des tirs a été condamné à 10 ans de prison pour homicide volontaire, une peine inédite. Devant la cour d’assises, la version policière s’est heurtée aux images et témoignages.
Par Maxime Sirvins
Plaider-coupable criminel : quand les logiques comptables l’emportent sur la philosophie judiciaire
Tribune 26 mars 2026

Plaider-coupable criminel : quand les logiques comptables l’emportent sur la philosophie judiciaire

Sous couvert de désengorger les juridictions, le projet de loi sur la justice criminelle instaure une logique d’aveu et de rapidité qui fragilise les garanties fondamentales du procès.
Par Vincent Brengarth
Devant la justice, le calvaire des femmes yézidies, victimes longtemps oubliées des djihadistes français
Justice 20 mars 2026 abonné·es

Devant la justice, le calvaire des femmes yézidies, victimes longtemps oubliées des djihadistes français

Jamais une cour d’assises ne s’était attardée sur les crimes sexuels perpétrés en Syrie par des Français. Pour la première fois l’un d’eux a été jugé pour génocide et crimes contre l’humanité à l’encontre des Yézidis. Seul et unique accusé : Sabri Essid, présumé mort en zone irako-syrienne. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Par Céline Martelet
Violences policières à Noisiel : des témoins racontent
Police 18 mars 2026 libéré

Violences policières à Noisiel : des témoins racontent

Dans la nuit du 16 au 17 mars, dans cette ville de Seine-et-Marne, des vidéos d’une interpellation très violente de deux hommes par des policiers de la BAC ont fait le tour de la ville et des réseaux sociaux. La famille de l’une des personnes interpellées s’est confiée à Politis.
Par William Jean, Kamélia Ouaïssa et Maxime Sirvins