Cannes : le prix de la complexité du monde

La soixante-dix-neuvième édition du Festival de Cannes s’est déroulée entre lutte pour la liberté de création et plaisirs cinéphiles.

Christophe Kantcheff  • 26 mai 2026 abonné·es
Cannes : le prix de la complexité du monde
À Cannes, le 23 mai dernier, le cinéaste roumain Cristian Mungiu a reçu la Palme d’or pour son film « Fjord ».
© Valery HACHE / AFP

Ceux qui s’obstinent à penser que le Festival de Cannes n’est que strass et paillettes en sont pour leurs frais. Même s’il n’en a pas été question dans les discours officiels, cette soixante-dix-neuvième édition a été secouée par l’une des tempêtes les plus houleuses que le cinéma a connues depuis longtemps. Si l’organisation des projections, de la compétition et des montées des marches n’en a pas été affectée, nul n’a échappé à la controverse qui a opposé les signataires de la tribune « Zapper Bolloré » au patron de Canal+, Maxime Saada, annonçant, par mesure de rétorsion, que ceux-ci seraient exclus des futures aides accordées par le groupe.

Éplucher les génériques pour repérer si dans les équipes se nichent des signataires paraît infaisable.

L’établissement de listes noires rappelle inévitablement les tristes méthodes du maccarthysme, qui a sévi dans les années 1950 aux États-Unis, véritable chasse aux sorcières parmi les personnalités de Hollywood suspectées de communisme. Mais, rapidement, la question s’est posée de savoir si de telles exclusions étaient matériellement possibles. Pour rendre l’opération encore plus ardue, les initiateurs de la tribune ont encouragé les professionnels du cinéma à rejoindre les 600 premiers signataires.

Opération plutôt réussie puisqu’aujourd’hui on en compte plus de 4 000, dont Jacques Audiard, Robin Campillo, Javier Bardem, Ken Loach, Swann Arlaud, Juliette Binoche, Aki Kaurismäki ou encore Walter Salles – et de nombreux artistes et techniciens de moindre renom, ainsi que deux cinéastes figurant dans la compétition cette année, Arthur Harari et Emmanuel Marre. Ce qui, de leur part en particulier, témoignait d’un courage certain. Éplucher les génériques pour repérer si dans les équipes se nichent des signataires paraît infaisable. Mais tel ou tel professionnel plus en vue n’est peut-être pas à l’abri de vexations.

La tribune en appelait aussi à la construction d’un mouvement à même de garantir la liberté de création en dehors de la mainmise de Bolloré. Mais aucune précision n’était donnée sur la forme qu’il pourrait prendre. Les interventions publiques abordant cette question – comment faire sans Canal+, premier financeur privé du cinéma français ? – n’ont rien donné de très convaincant. C’est pourquoi un débat s’est aussi ouvert entre les signataires et certains professionnels qui, se défiant eux aussi de Bolloré et jugeant les propos de Maxime Saada déplacés, considéraient qu’en l’état il valait mieux tenter de consolider les obligations du groupe envers le cinéma, en particulier pour en assurer la diversité.

Le milieu sort abîmé, sinon déchiré, de cette crise, qui est loin d’être résolue.

Quoi qu’il en soit, le milieu sort abîmé, sinon déchiré, de cette crise, qui est loin d’être résolue. Une proposition de médiation entre Canal+ et les professionnels du cinéma a été lancée par l’Arcom et la Société des réalisatrices et réalisateurs de film, pour l’instant sans succès.

Palme d'or solide

Par ailleurs, il y eut d’excellents films à voir lors de cette soixante-dix-neuvième édition. Notamment dans la compétition, dont le niveau fut plutôt bon. Le jury présidé par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook devait honorer d’une Palme d’or l’une des vingt-deux œuvres sélectionnées, dont les deux tiers venaient

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Cinéma
Temps de lecture : 9 minutes