Faure avec les faibles

Les troupes d’Olivier Faure, soucieuses d’incarner une opposition « respectable », ont choisi de ne pas voter la censure du gouvernement Bayrou. Et veulent croire qu’elles viennent de gagner des « victoires concrètes » pour le pays… qu’on cherche encore en vain.

Pierre Jequier-Zalc  et  Lucas Sarafian  • 22 janvier 2025
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Faure avec les faibles
Olivier Faure, premier secrétaire du PS, lors de la présentation du Nouveau Front populaire, à Paris, le 14 juin 2024.
© Maxime Sirvins

François Bayrou, premier ministre à l’assise parlementaire la plus fragile de l’histoire de la Ve République, dont la nomination n’est qu’un contresens au regard du résultat des dernières législatives, vient peut-être de réussir le coup politique dont il rêvait tant : tenir plus de 90 jours à Matignon, soit plus que son prédécesseur. La raison ? Des socialistes qui s’obstinent à croire que le premier des macronistes défendra une politique budgétaire qui ne sera pas macroniste.

Car les troupes d’Olivier Faure veulent désormais incarner une opposition « respectable » et ont, par voie de conséquence selon eux, choisi de ne pas voter une censure au nom de la stabilité dans le pays. Résultat : elles s’isolent de fait du Nouveau Front populaire (NFP) et veulent croire qu’elles viennent de gagner des « victoires concrètes » pour le pays.

Sur le même sujet : En refusant la censure, les socialistes fragilisent le Nouveau Front populaire

Depuis quelques jours, on a cherché ces « victoires », en vain. Parce qu’il faut, parfois, lever son nez du moment immédiat pour remettre en perspective la séquence politique qui vient de s’ouvrir. Revenons donc au 9 juin dernier. Emmanuel Macron, à la suite d’un cuisant échec aux élections européennes, décide de dissoudre l’Assemblée nationale. La suite, on la connaît.

La constitution du NFP, puis le front républicain et la victoire, relative, de la gauche le 7 juillet. Peu importe pour le chef de l’État, qui nomme Michel Barnier, issu du parti arrivé en cinquième position aux législatives, à Matignon. Ce dernier, illégitime et minoritaire, met sur pied un budget d’une rare austérité qui poursuit la politique défaite dans les urnes quelques semaines plus tôt.

En annonçant « abandonner » ces mesures, François Bayrou n’a donc fait aucune concession. Et le PS n’a absolument rien remporté.

Mais ce projet de loi reste un projet. Largement détricoté en séance au Palais-Bourbon, puis finalement censuré. Logique, la Macronie est largement minoritaire. Les mesures qui le composaient ne sont donc – et n’ont toujours été – que du vent : la suppression de 4 000 postes dans l’Éducation nationale, le passage d’un à trois jours de carence pour les fonctionnaires…

Autant d’annonces libérales qui, avec une gauche qui tient sa gauche, n’ont aucune chance d’être adoptées. En annonçant « abandonner » ces mesures, François Bayrou n’a donc fait aucune concession. Et le PS n’a absolument rien remporté. Si ce n’est la suppression de mesures qui n’existaient, tout simplement, pas.

Sur le même sujet : Manuel Bompard : « Ceux qui ne censureront pas François Bayrou s’excluront du Nouveau Front populaire »

Pourtant, à la suite de la censure de Michel Barnier, le discours de la « respectabilité » a pleinement infusé chez les sociaux-démocrates, comme chez les organisations syndicales – CFDT en tête. Et Bayrou l’a bien compris. En accordant des pseudo-concessions (un conclave sur les retraites béni par le patronat avec un droit de veto au Medef), il joue sur la corde sensible des organisations « respectables ».

Mais en choisissant d’accepter les conditions du président du Modem, les socialistes remettent ainsi le destin des victoires qu’ils espèrent toujours entre les mains des macronistes. Car, selon le chemin législatif, les débats autour d’un budget n’auront pas lieu à l’Assemblée : ils se dérouleront au Sénat et prendront fin au sein d’une commission mixte paritaire. Une réunion de 14 députés et sénateurs qui devront s’accorder sur une même version du projet de loi de finances. Un autre conclave dans lequel les macronistes et les républicains sont majoritaires.

Est-ce donc François Bayrou qui a réussi ou les socialistes qui ont tout perdu ?

Il faut donc vraiment avoir confiance en Emmanuel Macron pour signer aussi facilement un deal ! Est-ce ce à quoi ressemble vraiment le « pôle central à l’Assemblée », selon les mots de François Hollande, auquel aspirent les socialistes ? Nous y voyons plutôt l’effacement de la gauche d’opposition et la division possible du NFP. Est-ce donc François Bayrou qui a réussi ou les socialistes qui ont tout perdu ?

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