Gaza : « Nos flottilles portent une aide humanitaire, mais aussi une bataille politique »

23 navigant·es français·es en route pour ouvrir le corridor humanitaire vers Gaza appellent à faire front commun contre le colonialisme génocidaire d’Israël.

Collectif  • 18 mai 2026
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Gaza : « Nos flottilles portent une aide humanitaire, mais aussi une bataille politique »
Rassemblement à Paris, en juin 2025, en soutien à Gaza et contre l’arrestation d'une flotille humanitaire par Israël.
© Maxime Sirvins

Nous écrivons depuis les ports, les ponts de bateaux, les quais où s’organisent les départs, mais aussi depuis une mémoire plus ancienne que nos traversées.

Une mémoire qui nous traverse et nous anime.

Le 8 mai, pendant que l’Europe célébrait la fin de la Seconde Guerre mondiale et la victoire contre le fascisme, des dizaines de milliers d’Algérien·nes étaient massacré·es à Sétif, Guelma et Kherrata pour avoir osé réclamer leur liberté. Le 15 mai, les Palestinien·nes commémorent la Nakba : l’expulsion, la dépossession, la destruction de centaines de villages, l’exil imposé à tout un peuple.

Deux dates, deux histoires, qui nous rappellent ce que produisent le silence, l’impunité et la déshumanisation lorsqu’ils deviennent des politiques d’État. Une même mécanique coloniale, qui prétend apporter l’ordre tout en organisant l’effacement.

Sur le même sujet : Dossier : Génocide à Gaza : le vivre, le dire, le voir

Ce 15 mai encore, à Gaza comme dans le reste de la Palestine occupée, l’armée d’occupation tue. Elle ensevelit sous les décombres des civil·es, des enfants, des hommes, des femmes. Elle déplace, affame et prive d’avenir des familles entières. Mais 78 ans plus tard, face à une entité coloniale qui tente de fragmenter sa mémoire, ses vies et son horizon politique, le peuple palestinien continue de lutter. Pour sa terre, pour sa dignité, pour le droit d’exister face à un système construit sur son écrasement.

Derrière chaque traversée, il y a la volonté de fissurer un peu plus le siège de Gaza.

Les mots nous manquent parfois, mais nous agirons sans relâche jusqu’à ce que nos gouvernements soient contraints à assumer les responsabilités juridiques, politiques et éthiques qui leur incombent. La Palestine agit comme une boussole. Nous refusons d’être des témoins silencieux·ses.

Alors nous prenons de nouveau la mer.

Depuis des années, des centaines de personnes venues du monde entier tentent de briser le blocus illégal imposé à Gaza. Un siège imposé à plus de deux millions de personnes, rendu possible par les complicités actives, diplomatiques, économiques et militaires de nombreux gouvernements occidentaux.

Nos flottilles portent une aide humanitaire, mais aussi une bataille politique.

Derrière chaque traversée, il y a la volonté de fissurer un peu plus le siège de Gaza, de lutter contre l’idée même qu’un peuple puisse être sacrifié au nom d’intérêts géopolitiques. Nos bateaux exposent publiquement ce que nos États participent à invisibiliser. Elles imposent Gaza dans des sphères politiques qui cherchent à l’effacer.

« Que protègent nos gouvernements ? »

Elles dérangent parce que leurs attaques dans les eaux internationales, l’enlèvement de leurs navigant·es et leurs incarcérations arbitraires posent les vraies questions : qui protègent nos gouvernements ? Ou plutôt, que protègent nos gouvernements ? Les droits humains et le droit international ou un ordre politique qui tolère le génocide d’un peuple pour maintenir ses privilèges ?

Nous savons que la mer seule ne suffira pas.

Sur le même sujet : « Il y a une histoire avant la flottille, il y en aura une après » 

La portée politique des flottilles dépend aussi de ce qui se construit à terre. Dans les rues, les universités, les syndicats, les ports, les lieux culturels, partout où peut émerger un rapport de force capable de fissurer le consensus actuel. Nos bateaux prolongent les manifestations, les campagnes de boycott répondent aux convois humanitaires, les mobilisations populaires ouvrent des espaces que les institutions ferment. Ces mobilisations doivent être massives, durables et coordonnées pour imposer à nos gouvernements les réponses politiques que réclame le mouvement populaire.

Nous refusons que Gaza devienne une commémoration de plus.

Il est plus que temps que nous apprenions les leçons que nous enseigne le passé. Les massacres coloniaux ont toujours trouvé leurs justifications dans les discours de « stabilité », de « sécurité » ou de « civilisation ». Ils se sont toujours épanouis sur le silence lâche et l’inaction complice. Ils ont toujours fini par être dénoncés. Mais nous refusons que Gaza devienne une commémoration de plus.

Nous sommes la génération de rupture. Celle qui ne s’habituera jamais à l’impuissance.

Nous sommes 23 navigant·es français·es en route pour ouvrir le corridor humanitaire vers Gaza, et vous appelons à faire front commun, de la terre à la mer, pour construire et remporter le rapport de force qui mettra fin à 78 ans de colonialisme génocidaire.


Signataires

  • Yasmine Scola
  • Adrien Berthel
  • Pierre Mayans
  • Noé Tissot
  • Malika Baouya
  • Scott Moreau
  • Karim Tazit
  • Nicole Blavy
  • Elisabeth Torcheris
  • Mohammed Baba
  • Raphaëlle Primet
  • Antoine Jacquet
  • Syrin Saoud
  • Axel Dumonceau
  • Barbara Brizard
  • Moro L’kaissi Anne
  • Merle Laetitia
  • Titouan Dousset
  • Manon Couplet
  • Yacine Haffaf
  • Léopold Gagey
  • Loïg Hascoat
  • Lucie Fouquet
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Publié dans
Carte blanche et Tribunes

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Temps de lecture : 4 minutes
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