Bruno Latour : « La COP 21 travaille la nouvelle question sociale »

Auteur de huit conférences sur le « nouveau régime climatique », Bruno Latour interroge l’évolution du rapport à la nature.

Olivier Doubre  • 2 décembre 2015 abonné·es
Bruno Latour : « La COP 21 travaille la nouvelle question sociale »
Bruno Latour Sociologue et philosophe, professeur à l’IEP de Paris. Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique , Bruno Latour, Les Empêcheurs de penser en rond/La Découverte, 400 p., 23 euros.
© GENTILE/Pool/AFP

Avec Face à Gaïa, Bruno Latour poursuit un travail de longue date mêlant anthropologie et philosophie des sciences, en particulier sur les « mutations écologiques » et climatiques, « comme on disait au siècle passé », souligne-t-il. Il interroge surtout l’évolution de notre rapport à « la nature », une notion essentialisée et, selon lui, dépassée. Alors que s’ouvre la COP 21 à Paris, il s’en explique ici dans ce contexte particulier, au lendemain des attentats parisiens et à travers le monde, a priori peu propice à la réflexion.

Dans la première de vos huit conférences, vous dites que « l’écologie rend fou ». Pourquoi ?

Bruno Latour : L’écologie rend fou parce que personne n’a un rapport simple avec ces questions : nous sommes tous divisés, y compris intimement, en tant que consommateurs, producteurs, utilisateurs de voitures, entre parents et enfants, etc. Nous sommes tous en désaccord sur l’utilisation ou l’occupation de la Terre, des territoires, et donc sur la définition de la souveraineté. Et nous n’étions pas préparés à vivre ce type de désaccord. L’écologie devait a priori désigner les problèmes d’environnement, donc ceux du dehors, de l’extérieur. Or, ces questions arrivent dans notre vie sociale, collective, et nous rendent fous.

Dans la dernière conférence, vous dites qu’ « il

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

L’hystérie, symptôme… des violences masculines
Féminisme 16 janvier 2026 abonné·es

L’hystérie, symptôme… des violences masculines

Stéréotype sexiste qui traverse les époques, le mythe de l’hystérie continue d’influencer la médecine et la justice. La journaliste Pauline Chanu le décortique, exhumant au passage des siècles de violences institutionnelles et médicales.
Par Salomé Dionisi
Christiane Taubira : « Face à Trump, la France ne joue pas son rôle de puissance régionale »
Entretien 13 janvier 2026 libéré

Christiane Taubira : « Face à Trump, la France ne joue pas son rôle de puissance régionale »

L’ancienne élue de Guyane est une grande voix des Outre-mer français. Elle revient sur le rapt de Nicolás Maduro et l’absence d’une grande action diplomatique de la France, puissance pourtant voisine du Venezuela, face à cette violation flagrante du droit international par les États-Unis.
Par Olivier Doubre
Marcuse, penseur du néofascisme qui vient
Philosophie 8 janvier 2026 abonné·es

Marcuse, penseur du néofascisme qui vient

Haud Guéguen débarrasse le philosophe de son image d’inspirateur d’étudiants rebelles pour tirer de sa pensée des leçons stratégiques de lutte antifasciste.
Par Olivier Doubre
« Donald Trump donne un permis général pour un Far West global »
Entretien 5 janvier 2026 libéré

« Donald Trump donne un permis général pour un Far West global »

Directeur de recherches à l’Iris et spécialiste de l’Amérique latine, Christophe Ventura dresse un panorama des rapports de force à Caracas, alors que le président vénézuélien Maduro, kidnappé par les États-Unis dans la nuit du vendredi 2 janvier, a été présenté devant la justice américaine.
Par Olivier Doubre et Pierre Jacquemain