Réprimés pour l’exemple

Interpelés pour avoir tenté d’occuper le lycée Arago, à Paris, 40 mineurs ont été arrêtés mardi par les forces de police. Relâchés jeudi, 14 d’entre-eux seront présentés devant un juge pour enfants. Un traitement radical.

Agathe Mercante  • 24 mai 2018
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Réprimés pour l’exemple
Une centaine de personnes s'étaient réunies ce jeudi devant le Tribunal de grande instance de Paris pour protester contre l'arrestation et la détention de ces mineurs.
© CrowdSpark/AFP

« Sois jeune et tait-toi ». Le slogan soixante-huitard, cinquante ans plus tard, sonne encore douloureusement juste. Arrêtées, maintenues dans des véhicules de Police durant 4 heures, gardées à vue… Le sort réservé aux 102 personnes interpelées mardi dans et devant le lycée Arago, dans le 12ème arrondissement de Paris, n’a rien d’enviable. Et la suite non plus. Après 48 heures de garde-à-vue, ces dernières ont été déférées ce jeudi devant le Tribunal de grande instance de Paris. Parmi eux, 40 mineurs. « Ils sont sortis à l’instant », affirme Louis Boyard, président de l’Union nationale lycéenne (UNL). Plus d’une centaine de personnes – lycéens, parents d’élèves – étaient venues manifester contre la mise en examen de ces derniers, accusés de « participation à un attroupement en vue de commettre des dégradations et/ou violences » et « intrusion non-autorisée dans un établissement scolaire commis en réunion ».

« Ils ne veulent pas raconter ce qu’ils ont vécu, ça a dû être très difficile pour eux », avance le représentant du syndicat lycéen. « Ils sont passés par le dépôt, dans les caves du tribunal, c’est extrêmement traumatisant pour ces jeunes », s’indigne Hélène Franco, co-animatrice du Livret justice de la France Insoumise.

Lourdes sanctions

Sur les 40 jeunes arrêtés mardi, 14 comparaîtront devant un juge des enfants et 13 seront présentés au substitut du procureur pour des rappels à la loi. Si la détention de mineurs en garde-à-vue est légale, le traitement est sévère au regard des faits : ils s’étaient introduits dans le lycée Arago afin d’y tenir un assemblée générale pour protester contre le dispositif d’orientation Parcoursup. _« Ce type de procédure est peu courant », confirme-t-on au sein du Syndicat de la magistrature. « Ce sont des lycéens », rappelle-t-on, « ils n’ont donc, normalement, pas ou peu d’antécédents ».

D’autant que les sanctions pourraient être lourdes. « Ceux qui seront présentés au juge des enfants encourent un an d’emprisonnement, 3 ans si le motif de réunion est retenu », indique Hélène Franco. « C’est extrêmement inquiétant », résume-t-elle. Des arrestations, une détention et de possibles jugements qui choquent, y compris au sein de la classe politique. « L’acharnement du Gouvernement contre la jeunesse, en l’occurrence les lycéen.nes, monte d’un cran. Non content de démotiver les candidat.es au bac avec Parcoursup, il répond de manière disproportionnée à une action militante non-violente », s’indigne David Cormand, secrétaire national d’Europe-Ecologie-Les-Verts.

« Les interminables gardes à vue de lycéens sont un message clair. À présent, les inculpations. #Macron est aussi en guerre contre la jeunesse. Son rêve : un monde doux aux riches, un peuple et des jeunes soumis à ses ordres. », a pour sa part réagi Jean-Luc Mélenchon.

Mais ce choix de sanctionner durement les lycéens – pris au plus haut niveau, semble-t-il – pourrait bien être défavorable à l’exécutif… sur le plan électoral. « Les parents de ces mineurs sont extrêmement choqués », constate Hélène Franco. « Or ces jeunes, issus d’un lycée du centre de Paris, ont sans doute, parmi leurs parents, des électeurs d’Emmanuel Macron », rappelle-t-elle.

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