16 millions d’hectares de forêt tropicale ont disparu en 2017

D’importantes disparitions d’espaces forestiers ont été observées en une année dans une vingtaine de pays du Sud, à commencer par le Brésil, le Congo et l’Indonésie.

Claude-Marie Vadrot  • 2 juillet 2018
Partager :
16 millions d’hectares de forêt tropicale ont disparu en 2017
photo : Vue aérienne sur un chantier de coupe de bois dans la forêt vierge, au Parc national de Canaima au Venezuela.
© PHILIPPE ROY / AURIMAGES

Dans de nombreux pays tropicaux ou subtropicaux, l’année 2017 a été désastreuse pour les espaces forestiers : 16 millions d’hectares, soit une surface proche de celle du Bangladesh, ont disparu. C’est ce qu’a noté la NASA et de nombreux scientifiques sur des dizaines de milliers de photographies satellites. Ces observations ont fait l’objet d’intenses discussions au Sommet des forêts tropicales, qui vient de regrouper les ministres des pays concernés à Oslo pendant une semaine. Leurs préoccupations, au moins officiellement, étaient d’intensifier les efforts pour sauvegarder des écosystèmes forestiers tropicaux, qui abritent la moitié des espèces vivant dans le monde et jouent un rôle important dans la régulation climatique de la planète. Emmanuel Macron n’a pas envoyé de représentant à cette importante réunion, alors que les territoires français d’outre-mer perdent aussi leurs forêts tropicales…

Menaces pour le climat

Pourtant, étant donné l’augmentation des surfaces disparues, il y a urgence. Cela fait d’ailleurs une vingtaine d’années que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food and Agriculture Organisation, FAO) demande aux pays concernés d’établir un bilan des dégâts. Mais ceux-ci ignorent ces demandes ou se trouvent dans l’incapacité, pour des raisons techniques, sociales, politiques ou économiques, de fournir ces états des lieux. D’où le recours à une surveillance précise depuis l’atmosphère. D’où aussi le commentaire de l’un des responsables norvégiens de la conférence, Andreas Dahl-Jørgensens :

Nous serons dans l’incapacité d’atteindre les objectifs de l’accord climatique de Paris sans une réduction importante et rapide de la déforestation tropicale et sans des efforts de reforestation.

Pour le seul Brésil, les feux de forêt allumés par les fermiers et les éleveurs pour agrandir leurs territoires – qui ont souvent tourné au désastre par manque de contrôle –, ont occasionné la disparition, en 2017, de près de 1,5 million d’hectares de la forêt amazonienne. Cela a d’ailleurs, après d’autres feux ou coupes, entraîné une terrible sécheresse dans les régions pillées. Et remis en cause les quelques efforts déployés par le pays pour préserver sa forêt.

Colombie : la paix décime les arbres

En Colombie, l’accord de paix signé entre les FARC et le gouvernement a laissé le champ libre à des ouvertures sauvages de mines et à des déboisements agricoles dans les espaces amazoniens. Conséquence : la disparition de 500 000 hectares en une année. Et dans les Caraïbes, les ouragans Irma et Maria ont détruit un tiers des forêts.

La forêt congolaise, toujours en un an, a battu tous ses records précédents et été privée de 1 450 000 hectares d’arbres. En cause, des coupes sauvages, des agrandissements d’exploitations agricoles et de l’intensification de la confection de charbon de bois, pour la consommation locale mais aussi pour l’exportation. Cette dernière pratique frappe tous les pays africains et les forêts asiatiques, notamment en Indonésie où les promesses faites en 2016 n’ont pas été tenues. D’où la réaction de l’une des responsables du think tank américain World Resources Institute (Institut mondiale des ressources), Frances Seymour :

Dans ce pays, c’est comme si nous voulions éteindre l’incendie d’une maison avec une cuillère à thé.

Dans une trentaine d’années, à ce rythme, les forêts tropicales seront réduites de plus de la moitié de leur surface.

Écologie
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Inondations : réparer ou prévenir ?
Parti pris 25 février 2026

Inondations : réparer ou prévenir ?

Alors que l’extrême droite impose ses thèmes dans le débat public, des inondations historiques frappent la France dans une indifférence inquiétante. Ces catastrophes, loin d’être de simples aléas, révèlent nos choix politiques, nos renoncements et l’urgence de changer de modèle.
Par Pierre Jacquemain
Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?
Reportage 19 février 2026

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?

Certaines collectivités tentent de se réapproprier la politique agricole à l’échelle communale. Pour lutter contre la disparition des petites fermes, et favoriser une alimentation bio et locale.
Par Vanina Delmas
Fiona Mille : « Les Jeux olympiques empêchent de penser d’autres possibles »
Entretien 18 février 2026 abonné·es

Fiona Mille : « Les Jeux olympiques empêchent de penser d’autres possibles »

La présidente de l’association Mountain Wilderness France bataille avec d’autres citoyens pour que les Jeux olympiques d’hiver 2030 n’aient pas lieu en France. Dans son livre Réinventons la montagne, elle imaginait trois scénarios pour les territoires montagneux, dont un qui anticipe la raréfaction de la neige et imagine un avenir écologique des stations de ski.
Par Vanina Delmas
« Tous les transports publics du quotidien devraient être gratuits »
La Midinale 13 février 2026

« Tous les transports publics du quotidien devraient être gratuits »

Patrick Le Moal, représentant de l’Union pour la gratuité et le développement des transports (UGDT), est l’invité de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien