La retraite n’est pas une dette

Dans la sécurité sociale, il y a les prémices d’un monde solidaire.

Politis  • 4 mars 2020
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La retraite n’est pas une dette
© Christoph Hardt / Geisler-Fotopres / Geisler-Fotopress / dpa Picture-Alliance/AFP

Une rumeur circule : la retraite serait une « dette sociale ». Une rumeur ne repose en général sur aucun fait avéré et est une pure construction idéologique. Celle-ci n’échappe pas à la règle. Et elle a son corollaire : cette prétendue dette sociale serait parallèle à la dette écologique. Ces deux assertions sont des non-sens. Malheureusement, elles circulent, jusque dans les cercles très critiques.

Les pensions de retraite respectent un contrat social – un engagement politique – entre les générations. Mais elles ne sont pas un transfert dans le temps d’une dette. Elles sont toujours un prélèvement sur la valeur ajoutée par les travailleurs actifs, donc sur la production courante. Et elles ne peuvent être que cela, même dans le cas d’un système par capitalisation, via des canaux financiers non solidaires. Les pensions de retraite sont en tout temps une part du PIB et du PIN (et donc du revenu intérieur net). Parler alors de dette sociale est une transposition dans le champ des retraites d’un langage financier qui n’a rien à y faire, sauf à embrouiller la compréhension et à y introduire une délégitimation pernicieuse. Et la petite musique sur la dette publique tourne et agit comme une lobotomie.

Le second volet de la rumeur établit un parallèle entre une prétendue dette sociale et la dette écologique, celle-ci bien réelle. Or la retraite et la dette écologique (la destruction des écosystèmes et le réchauffement du climat que nous « léguons » à nos descendants, ou bien l’accaparement des ressources par une minorité) n’appartiennent pas au même plan, n’ont pas de commune mesure et ne procèdent absolument pas de la même origine : l’une naît de l’institution d’un droit et du partage du fruit du travail ; l’autre naît de la destruction de la nature par un système économique dont la logique prédatrice s’est instillée dans le moindre pore de nos comportements quotidiens. Dans l’institution de la sécurité sociale et de la retraite, il y a les prémices d’un monde solidaire ; dans le fardeau écologique, il y a les déchets d’un système destructeur humainement et écologiquement.

Mais pourquoi tout cela est-il occulté et la rumeur progresse-t-elle ? Parce que se répand, au sein des tenants d’une écologie surplombant toute autre question, le soupçon de productivisme dans le fait de considérer la productivité du travail comme la source de toute valeur monétaire distribuable. Il s’agit au mieux d’une incompréhension, au pire d’un faux procès. Car il n’y a pas d’autre source de revenu possible, que l’on soit dans une économie productiviste ou non. Longtemps, il est vrai, ceux qui portaient la problématique sociale ont méconnu le fait que l’humanité s’insérait dans la biosphère. Mais en rester aujourd’hui à cette opposition, c’est ignorer les travaux sur la retraite qui ne se basent plus sur une croissance économique perpétuelle, mais où la bataille sociale et la lutte pour l’écologie se fécondent. Se couper l’une ou l’autre jambe du combat pour l’émancipation ne pourrait que nous faire tomber dans le « trou noir du capitalisme ».

Retrouvez Jean-Marie Harribey en librairie : Le trou noir du capitalisme, Le bord de l’eau, 298 pages, 20 euros.

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