« Je commençais une longue apnée »

La première nuit en détention, puis la dernière. Joseph Beauregard a recueilli une poignée de témoignages qui racontent ce moment bref et long à la fois. Des nuits initiatiques qui soulignent la violence de toute incarcération.

Jean-Claude Renard  • 17 septembre 2009 abonné·es
« Je commençais une longue apnée »
© Ma Première Nuit en prison ; ma dernière nuit en prison, Radio Nova, diffusion jusqu’au 25 septembre, du lundi au vendredi, à 8 h 20 et à 18 h 20. Également en podcast sur novaplanet.com

Fouillant dans les mémoires, Joseph Beauregard signe une série documentaire radiophonique sur ces heures précises de la première nuit en prison, et de la dernière. Ces heures qui marquent un avant et un après. Entre deux mondes. Un temps suspendu. Une première nuit initiatique, tétanisée ; une dernière, suée d’espoirs et d’angoisses. Beauregard avait déjà réalisé des documentaires radio sur l’univers carcéral ( Bracelet électronique ; Jour de parloir ), un autre, filmé, Des hommes en cavale (Arte). C’est là une suite de paroles recueillies, un reportage sonore exacerbé, avec ses voix étranglées, cognées au caveau, semblant sorties d’outre-tombe. Ici, l’outre-tombe se nomme Fleury-Mérogis, Melun, Bois-d’Arcy ou Fresnes. Ce sont des témoignages brefs, incisifs. Qui disent l’arrachement ou la déchirure, la dépression entre les murs, le dépouillement physique et affectif des détenus, des mots qui rendent compte d’incarcérations sans réinsertions, de survie en milieu hostile. Un ruban de détails agrippés à la mémoire, sans fard derrière les barreaux.

Catherine

Elle entre en taule en 1978, pour du shit, parce qu’un juge estime que c’est « le bon endroit pour décrocher de la came » . La première nuit, « tout se mélange. C’est un magma d’émotions qui déstabilise et fait mal. Jusqu’au fond des tripes » . Au matin, l’impression qui domine est celle « d’un caisson métallique ». Impossible de respirer. « Je commençais une longue apnée. Tout est oppression. C’est une écume des jours, avec la pièce qui se referme sur soi. » Reste aussi en mémoire

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

Candidats victimes de racisme : « Aux municipales, on doit souvent prouver beaucoup plus que les autres »
Enquête 3 mars 2026 abonné·es

Candidats victimes de racisme : « Aux municipales, on doit souvent prouver beaucoup plus que les autres »

Cyberharcèlement raciste, appels haineux et menaces de mort : à mesure que la campagne des municipales s’intensifie, les candidat.e.s non blancs sont pris pour cible. Des attaques qui révèlent le quotidien des candidat.e.s racisé.e.s en politique.
Par Kamélia Ouaïssa
En CRA, le double enfermement des personnes psychiatrisées
Analyse 27 février 2026 abonné·es

En CRA, le double enfermement des personnes psychiatrisées

En centre de rétention administrative, les personnes souffrant de troubles psychiatriques sont de plus en plus nombreuses. Parfois arrêtées directement à la sortie de l’hôpital psychiatrique, elles risquent, une fois en CRA, d’être placées à l’isolement. Ce qui aggrave leur santé mentale.
Par Pauline Migevant
Ahmed N. voulait « soigner sa tête » : à Calais, les exilés abandonnés face aux souffrances psychologiques
Enquête 27 février 2026

Ahmed N. voulait « soigner sa tête » : à Calais, les exilés abandonnés face aux souffrances psychologiques

Ahmed N., un exilé érythréen souffrant de troubles psychologiques, est mort sur un parking près de Calais en mai dernier. Malgré les alertes, les associatifs ont fait face à de nombreux dysfonctionnements venant de l’hôpital de Calais concernant sa prise en charge.
Par Maël Galisson
Minute de silence pour Quentin Deranque : « Une ligne rouge a été franchie »
Polémique 25 février 2026 abonné·es

Minute de silence pour Quentin Deranque : « Une ligne rouge a été franchie »

Offusqué·es par la minute de silence observée à l’Assemblée nationale pour Quentin Deranque, y compris à gauche, plusieurs citoyen·nes ont écrit à leur député·e pour l’interpeller.
Par Pauline Migevant