« La gauche doit réinventer une morale »
Christophe Prochasson appelle la gauche à mettre en adéquation ses prises de position avec ses actes. Quitte à défendre un certain « réalisme économique ».

Politis : Votre dernier essai, La gauche est-elle morale ?, est assez différent de vos autres travaux, qui étaient à proprement parler des livres d’historien. Quelle a été la genèse de cet ouvrage ? Et qu’entendez-vous par ce terme de « morale » ?
Christophe Prochasson : Je suis en fait revenu à mes premiers thèmes de recherche puisqu’au départ j’avais travaillé sur l’histoire du socialisme et l’histoire intellectuelle, surtout avant 1914. Je me suis donc penché à nouveau sur beaucoup d’auteurs que j’avais croisés dans le passé. Je m’étais d’abord intéressé au socialisme non marxiste, pour lequel la question de la morale est très importante. J’avais aussi beaucoup travaillé sur les traditions durkheimiennes, ou sur Lucien Herr, qui donnait au socialisme une tonalité très humaniste, des composants moraux – dont il était dépourvu dans la tradition marxiste.
Je suis donc revenu vers ces questions car je constate qu’elles suscitent ces derniers temps un regain d’intérêt chez un certain nombre de chercheurs qui, après une période où le socialisme s’était vu délaissé, s’en
