Doux, un modèle de brutes

L’empire agroalimentaire s’est développé selon un schéma productiviste aberrant, dont les salariés sont les premières victimes. « C’est Germinal », disent-ils.

Laurène Perrussel-Morin  • 19 juillet 2012 abonné·es

ÀChâteaulin (Finistère), siège du géant agroalimentaire Doux, les salariés, soumis à des pressions depuis de nombreuses années, redoutent désormais la casse sociale. À l’approche du verdict du tribunal de commerce de Quimper sur les offres de reprise et le plan de continuation proposé par le PDG (voir encadré), certains salariés et agriculteurs de la région brisent la loi du silence. « Doux, c’est Germinal », disent-ils spontanément. Le modèle productiviste du volailler, numéro un en Europe et cinquième exportateur mondial, cache une dure réalité : « Tous les postes sont debout, dans le froid et l’humidité », décrit Jean Cabaret, porte-parole de l’union régionale de la Confédération paysanne en Bretagne. « J’ai eu des témoignages évoquant des chefaillons qui donnaient des coups de coude dans le dos des femmes pour qu’elles aillent plus vite », ajoute cet agriculteur qui travaille depuis trente ans dans le village de Kercorentin, près de Rostrenen (Côtes-d’Armor).

Les cadences imposées sur le site de Châteaulin sont à l’origine de troubles musculo-squelettiques (TMS), témoigne Nadine Hourmant, déléguée syndicale centrale FO, qui y travaille depuis vingt-deux ans. « J’ai toujours travaillé au poste emballage. On emballe 1 000 poulets à l’heure. Sur les chaînes manuelles, les filles emballent 14 poulets à la minute. Vous imaginez, quand on est sept heures à la chaîne comme

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Travail
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