Louisiane : reconnaissance des premiers réfugiés climatiques américains

Les derniers habitants indiens de l’île Jean Charles vont devoir abandonner leurs terres envahies par la mer. Comme de nombreux habitants des îles côtières américaines.

Claude-Marie Vadrot  • 2 juin 2016
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Louisiane : reconnaissance des premiers réfugiés climatiques américains
© Photo: capture video AFP

Les premiers réfugiés climatiques américains sont en train de quitter l’île Jean Charles au sud de la Louisiane. Cette terre dont le nom remonte à l’époque où cette région était une colonie française, disparaît peu à peu sous l’effet de la hausse du niveau de la mer et des vagues. Au début des années 70, une centaine de familles, descendantes pour la plupart de la tribu indienne des Chitama-Choctaw, vivaient heureuses sur l’île. Grâce à l’agriculture et à la pêche. Ils ne sont plus qu’une soixantaine à résister sur un territoire qui est passé en une quarantaine d’années d’un millier d’hectares à une bande de terre fragilisée s’étendant sur moins d’une centaine d’hectares sur laquelle il est de plus en plus difficile de vivre, ou plutôt de survivre.

Le coup de grâce du cyclone Katrina

Sur cette île qui a été longtemps auto-suffisante et fertile avant de dépendre de quelques épiceries du continent, l’érosion de la côte, la montée des eaux du golfe du Mexique, la disparition progressive des arbres, la salinisation des terres et l’utilisation des marais pour lutter contre la salinisation des terres de la côte de la Louisiane, va mettre fin à son existence. Le coup de grâce à la résistance des derniers habitants aura été, il y a dix ans, le passage du cyclone Katrina qui a submergé quelques jours ce qu’il restait de cette île. Au point que la route surélevée qui a longtemps relié l’île au continent se retrouve désormais sous l’eau et impraticable.

La perspective de la fin de la présence humaine sur cette île Jean Charles est apparue au cours des cinq dernières années, quand la plupart des habitants ont constaté que leurs jardins de subsistance avaient presque tous disparu ou étaient devenus impropres à la culture. Le chef de la tribu, Albert Naquin, d’origine française lointaine, a expliqué il y a quelques jours dans la presse locale :

Plus nous attendons pour partir, plus nous subirons de cyclones dangereux. Nous haïssons cette idée de quitter notre terre, mais nous n’avons plus d’autre solution. Cette situation, c’est comme perdre un membre de sa famille. Nous sommes en train de perdre le combat que nous avons longtemps mené contre la mer et les tempêtes

Cet homme est d’autant plus désespéré qu’il sait que dans le golfe du Mexique comme le long des côtes américaines, les milliers d’habitants de dizaines d’autres îles vont subir le même exil. Y compris au large de la Floride dont le gouverneur républicain, Rick Scott, interdit à ses fonctionnaires d’évoquer la question du climat et de la montée de la mer.

Il y a quelques semaines, reconnaissant leur statut de réfugiés du climat, les services fédéraux du logement et du développement urbain ont accordé une subvention de 45 millions d’euros pour que les derniers habitants et ceux qui ont déjà abandonné la lutte perdue d’avance en fuyant vers le continent, puissent s’installer ailleurs en sauvant leur communauté très ancienne. Mais cette population aux traditions très particulières, qui constitue l’avant-garde des premiers réfugiés climatiques des États-Unis, ne sait pas encore si cette migration en cours vers la terre ferme de Louisiane, lui permettra de sauver sa culture, sa cohésion et ses singularités linguistiques.

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