Benjamin Stora : « Critiquer le système colonial, c’est critiquer la République »

L’historien Benjamin Stora analyse les usages de l’histoire par les politiques, et notamment leur volonté de réécrire celle de la colonisation au mépris des faits.

Olivier Doubre  • 1 mars 2017 abonné·es
Benjamin Stora : « Critiquer le système colonial, c’est critiquer la République »
© Photo : Ulf Andersen/Aurimages/AFP

Spécialiste de la guerre d’Algérie et de l’histoire coloniale, Benjamin Stora préside depuis 2014 le conseil d’orientation scientifique du Musée de l’histoire de l’immigration. Il souligne ici l’innovation que constitue, dans une campagne électorale, la déclaration d’Emmanuel Macron sur le colonialisme. Et revient sur les tentations essentialistes qui s’expriment dans la façon dont certains politiques utilisent l’histoire pour dicter un « récit national ».

L’une des dernières prises de position politiques concernant l’histoire est celle d’Emmanuel Macron sur la colonisation, qualifiée de « crime contre l’humanité ». Que vous inspire cette déclaration ainsi que les réactions qu’elle a suscitées ?

Benjamin Stora : Mon sentiment est que, comme toujours, ce n’est jamais le moment de parler de la colonisation. J’ai déjà expliqué cela dans un livre qui s’appelait La Gangrène et l’oubli [1], paru… il y a vingt-cinq ans ! Soit c’est trop compliqué, soit on est trop binaire, soit les mots ne sont pas les bons… Or, cette fois, on en a parlé. On peut évidemment contester la formule, dire que la définition juridique n’est peut-être pas la bonne, mais le fait est que l’on a parlé de la colonisation française sous une forme directe et simple. En disant qu’il y a eu des

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