Disparition : Ruwen Ogien

Le philosophe né de parents juifs polonais est disparu le 4 mai.

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S’il n’a jamais précisé publiquement son année exacte de naissance (début des années 1950 ?), Ruwen Ogien, disparu le 4 mai, n’a pas caché que ses parents, juifs polonais, étaient à sa naissance dans un camp en Allemagne pour personnes déplacées. Le philosophe fut très tôt sensible au sort des populations minoritaires, marginales et réprimées. 

On retrouvera plus tard ces préoccupations dans son travail, notamment quand il défendra le mariage homosexuel, l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes ou encore le regroupement familial. Son angle d’attaque prioritaire fut celui de la morale, avec cette idée que seul le mal fait à autrui est coupable. 

L’œuvre philosophique de Ruwen Ogien, solide dans son argumentation mais jamais dénuée d’humour, à l’image du sourire qu’arborait cet homme affable, est une charge explosive contre la bien-pensance. 

Il n’a cessé de questionner des sujets sensibles – les expériences limites, l’usage de drogues, la pornographie, le suicide… – et de dénoncer le paternalisme ou le puritanisme, passant au crible de son esprit critique les « pompeuses valeurs morales ». 

On ne saurait trop recommander l’ensemble de sa bibliographie, dont La Liberté d’offenser. Le sexe, l’art et la morale (La Musardine, 2007), La guerre aux pauvres commence à l’école. Sur la morale laïque (Grasset, 2012) ou Philosopher ou faire l’amour (Grasset, 2014). 

Dans son dernier livre, Mes Mille et Une Nuits. La maladie comme drame et comme comédie (Albin Michel, 2017), il s’appuyait sur son expérience de malade du cancer pour dénoncer le dolorisme, cette idéologie qui cherche à faire de la maladie « une chance ».

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