Contre les migrants, « une instrumentalisation de la santé publique »

Philippe de Botton, président de Médecins du monde, dénonce le fantasme de « tourisme médical » utilisé par le gouvernement à des fins idéologiques et électoralistes.

Lena Bjurström  • 13 novembre 2019 abonné·es
Contre les migrants, « une instrumentalisation de la santé publique »
© Dans un centre d’accueil, de soins et d’orientation de Médecins du monde, à Paris en 2014.BURGER/Phanie/AFP

Fraude », « abus », « dérives »… Ces dernières semaines, le gouvernement a multiplié les déclarations autour d’un détournement supposé de la couverture maladie des personnes migrantes. Fin octobre, dans un entretien à l’hebdomadaire Valeurs actuelles, Emmanuel Macron dénonçait ainsi un « tourisme médical » de « gens qui viennent avec un visa touristique, qui restent trois mois et ensuite se mettent à l’aide médicale d’État » (AME), le système de prise en charge des soins de santé des étrangers en situation irrégulière,pour se faire soigner gratuitement. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, s’inquiétait, elle, d’un « dévoiement » de la protection universelle maladie (Puma) par des demandeurs d’asile venant de Géorgie et d’Albanie, « qui sont a priori des pays sûrs ». Un soupçon de fraude généralisée qui ne pouvait que venir justifier des mesures de contrôle et de restriction.

Le 6 novembre, le Premier ministre, Édouard Philippe, a ainsi annoncé l’introduction d’un délai de carence de trois mois entre le dépôt d’une demande d’asile et l’accès à la Puma. L’AME, de son côté, fera l’objet de contrôles renforcés. La prise en charge de certains actes « non urgents » nécessitera une validation de la Sécurité sociale en amont. Les étrangers arrivés sur le territoire avec un visa touristique devront attendre trois mois après son expiration pour bénéficier de l’AME. Le gouvernement a proposé dans la foulée une réduction de 15 millions d’euros du budget de l’AME, le ramenant à 919 millions d’euros. Un coup de rabot que les mesures annoncées de lutte contre la fraude viendraient justifier, selon l’exposé du texte. Pas de fraudeurs, moins de dépenses. Et qu’importe si une telle

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société Santé
Temps de lecture : 10 minutes

Pour aller plus loin…

« La répression ne va pas éteindre les free parties »
Entretien 9 avril 2026

« La répression ne va pas éteindre les free parties »

Dans sa pièce de théâtre documentaire Tribe, le metteur en scène et auteur Pierre Levent revient sur les répercussions du regard médiatique et politique sur les free parties.
Par Hugo Boursier
Free parties : l’assaut est lancé contre les sound systems
Analyse 9 avril 2026 abonné·es

Free parties : l’assaut est lancé contre les sound systems

Propositions de loi, projet gouvernemental, mission sénatoriale : les free parties, rassemblements techno festifs, sont redevenues une cible politique. Une offensive qui s’inscrit dans une longue histoire de méfiance et de répression à l’égard de la fête libre.
Par Maxime Sirvins
Dans les lycées du 93, « plus aucun de nos élèves n’arrive à se régulariser »
Rencontre 9 avril 2026 abonné·es

Dans les lycées du 93, « plus aucun de nos élèves n’arrive à se régulariser »

Depuis la circulaire Retailleau, en Seine-Saint-Denis, les lycéens étrangers ne peuvent plus se régulariser. Soutenus par les équipes pédagogiques, ils racontent le « combat » qu’est leur vie et la peur des OQTF. Fin décembre, un lycéen du 93 a été expulsé vers le Maroc.
Par Pauline Migevant
Handicap : la France à rebours du droit international
Enquête 8 avril 2026 abonné·es

Handicap : la France à rebours du droit international

Historiquement enferré dans une logique institutionnelle, l’État impose aux personnes handicapées un quotidien en établissement médico-social. Un schéma dénoncé par l’ONU, qui prône une nécessaire désinstitutionnalisation. En dépit de mobilisations, celle-ci est loin d’être envisagée.  
Par Elsa Gambin