Aides à la presse : vous avez dit « assistés » ?

En 2020 et 2021, l’État a distribué 196 millions d’euros à quatre cents journaux et magazines, parmi lesquels d’importants titres, comme Le Figaro ou Le Point, qui se signalent par leur acharnement contre la « dépense publique » et les « allocs »

Sébastien Fontenelle  • 3 octobre 2022 abonné·es
Aides à la presse : vous avez dit « assistés » ?
© Lecteur du Point au jardin du Luxembourg, octobre 2020. (Photo : Lilian Cazabet/Hans Lucas/AFP.)

Depuis 2012, et « dans un souci de transparence », le ministère de la Culture et de la Communication publie en principe tous les ans la liste des journaux et magazines ayant reçu, au cours de l’année précédente, des aides publiques de l’État : ces dernières ont pour fonction originelle de contribuer à la bonne information du public.

En 2021, cependant – et par l’effet, probablement, d’une omission –, la liste des publications ayant bénéficié de ces subsides en 2020 n’avait pas été rendue publique. Cet oubli vient d’être réparé : le ministère l’a enfin mise en ligne le 2 septembre – en même temps que celle des publications aidées par l’État en 2021.

Et comme à chaque fois, on trouve parmi les principaux bénéficiaires de cette générosité bien ordonnée des titres qui font de cette manne un usage très particulier, puisqu’elle sponsorise notamment leurs appels réguliers à réduire la dépense publique ou à durcir les contrôles – et le cas échéant les sanctions – visant les allocataires de minima sociaux et les chômeurs.

Comme l’hebdomadaire Le Point, propriété du milliardaire François Pinault, qui, le 30 août, ovationnait Laurent Wauquiez, président (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes – lequel venait de se féliciter d’avoir, dix ans plus tôt, dénoncé ce qu’il appelait alors « le cancer de l’assistanat ».

Ou comme Le Figaro, propriété du groupe Dassault, qui, six jours plus tard, le 5 septembre, publiait quant à lui une tribune sobrement titrée : « Versement automatique des aides sociales : après l’impôt à la source, “l’assistanat à la source” ? » Son autrice, fiscaliste, soutenait que la « solidarité à la source », qui sera expérimentée par le gouvernement à partir de l’année prochaine et vise à automatiser le versement des aides sociales, « infantilise les potentiels bénéficiaires et les empêche de se soustraire à l’aide de l’État ».

« Supprimer toutes les aides »

De telles proférations sont tout sauf nouvelles : elles s’inscrivent au contraire dans une déjà longue histoire. Depuis des années, en effet, ces deux publications – parmi d’autres, mais avec une obstination particulière – multiplient, au risque parfois de l’inexactitude, les imprécations contre les bénéficiaires de l’allocation-chômage et des minima sociaux, régulièrement présentés comme des « assistés », et ne restent jamais plus de quelques semaines sans exiger une réduction drastique des « dépenses publiques ».

Pour le vérifier, il faut remonter le temps – jusqu’en 2006, par exemple. Cette année-là, Le Point, alors dirigé par l’éditocrate Franz-Olivier Giesbert, instruit, dans un numéro dont la couverture proclame que « l’aide à l’emploi tue l’emploi », le procès de celles et ceux qu’il appelle les « tricheurs du

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